Esquive ou fin de non-recevoir ? Elle prend acte et se tait. Le silence n'a pas changé de place, pas changé d'espace, le souffle est décompté, l'amer est immense. Il faut qu'elle se défasse de ces tics d'écrits. Toujours les mêmes. M'aime. Elle conjugue le verbe aimer au présent de l'irrationnel, elle ne se laisse pas coucher dans l'exhibitoire rédhibitoire. Pas confondre, tentation et ostentation, affectation et affection. Quoi encore ? Aliter la passion, à son chevet veiller ? Lui donner sa verveine en vains vers ? Elle ne sait pas. Rimer, elle ne sait pas, la rime à la rame qui l'arrime sévère à sa forme, elle ne sait pas.

Forme difforme, sa jeunesse enfuie enfouie dans la graisse. La même, au fond, dans le temps étirée, jusqu'à quand ? La mort la fera claquer comme un élastique, elle reprendra ses dimensions originelles. Elle était quoi avant de naître ? Elle se dit qu'il faut naître pour n'être pas. L'élastique tire et devient sensible. C'est ça vieillir ? Tirer sur l'élastique ? Elle regarde autour d'elle les sereins détendus comme des ressorts aux temps qui passent. Elle est restée en tension, le temps la rapproche chaque jour qui passe de la casse.

Elle finira à la casse, comme une vieille guimbarde, elle rouillera. Elle trouve ça beau la rouille, le lent retour au temps, paisible, la certitude de l'effacement. La réintégration dans le grand fait-tout. Elle finira à la marmite, c'est bien comme ça. Le mystère de la vie, cet étrange bouillon, le mouvement.

Mouvement des marées, les mers mortes ne sont pas source. Elle a pris sa source dans le salé, la lune en balançoire, cœurs décrochés à contre sens, du bas en haut, du haut en bas, et cette seconde d'équilibre comme une plage d'éternité, cette seconde immobile qui condense tous les temps. Les cris respirent. La mer. La mer, battement régulier. Le bruit. Le bercement du flot, le grondement des vagues, le vent. Le vent sur le visage, les yeux fermés. Les odeurs. La mer lui donne cette sensation acérée, elle existe, à pleins poumons. Elle se respire, elle s'absorbe, le vent de sel et le crachin, la gifle, c'est elle, c'est elle retrouvée.

Elle s'accroche au premier rocher qu'elle passe, comme une huître, elle peut rester des heures à écouter battre son cœur dans les flots, à sentir son souffle la fouetter en brise fraîche. Elle s'oublie dans l'universel, elle se noie dans ses pensées, l'univers, c'est elle, elle se pose devant, elle s'y jette. Elle se jette à l'eau, elle rentre chez elle, elle appartient, synchrone, le vague intérieur ajusté aux vagues, les remous confondus de l'émotion et du flux.

Elle ne pense plus. Elle est. Vacance absolue. Amour en barre, fusionnée à l'éternité, immortelle. Une seconde ou une heure, elle aime tout, elle accueille tout, l'absurdité de la vie devient précieuse. Ça n'a aucun sens, ça secoue dans tous les sens. En l'essence, en conscience, être vivant, et le savoir, et en jouir. Juste être là et suffoquer de trop d'oxygène, trembler de trop de vie, le verbe être impératif, sans conjugaison, le verbe être à l'intensif, sans raison. Il faut savoir raison dépasser. Le verbe être à l'extensif.

Bientôt elle reverra la mer. La vie et rien d'autre. La vie frémissante. La vie brute. Marcher sur la côte, respirer. Bien regarder. Bien écouter. Se taire. Accorder son pas au rythme du ressac, s'écraser aux brisants, écumer les embruns. S'arrêter pour mieux voir, lever le nez aux nuages, aux goélands qui braillent leur plainte ricanante au goémon échoué. Baisser le museau à la plage, compter les coquillages, les étoiles abandonnées.