Je ne dis rien je reste là, quoiqu'on dise, quoiqu'on fasse et quoiqu'on en pense. Je reste là sans rien dédire, c'est ainsi, que je suis, il en reste si peu, les mots, comme une brume impalpable, je suis brume, je ne me dissiperai pas. Cent fois sur le métier remettre son ouvrage, ce n'est pas de trahison qu'il s'agit, c'est autre chose. Je ne crois pas ceux qui prétendent qu'ils changent, et même quand ils y croient, je ne crois pas les moineaux qui se font migrateurs. Je vais et je viens, entre été et hiver, le soleil et l'ombre, et je n'y peux rien.

Je peux singer. Je peux singer des tas de manières, comme la Marie, la petite, celle qui va t-à l'eau. Je ne serai jamais que ce que je suis. Je ne suis pas un oiseau, c'est pour l'image. Je serais une guenon ? Admettons, puisque l'homme est singe. Je suis une guenon qui danse. Dans sa tête. Dans la mienne, je veux dire. Ma porte est ouverte et je ne sors jamais. Je suis une guenon craintive, j'ai gardé du règne animal la peur de l'homme. Tous sexes confondus. Pardonnez, vous voyez, toujours il y a de l'ambiguïté, qu'est-ce que j'y peux ? C'est la langue qui est perverse, moi je sais bien ce que je dis.

Je suis une bête, j'en cherche d'autres. Des vivants, pas de ces vernis de civilisation trop bien finis. De ceux qui sont avant de penser, pas ceux qui se pensent pour être. Qui crient, qui pleurent, qui rient, qui aiment, qui haïssent, des modèles avec cœur qui bat sans régulateur d'émotion. Qui existent. Qui existent avant de se penser, sinon ça sert à quoi ?

Tu vois bien que ce n'est pas toi. Tu vois bien que ce n'est pas toi, ne te fais pas plus bête que tu n'hais, laisse-moi vivre. Tu es toujours dans l'interdit, toi, je vois bien, toujours dans le coi intérieur. Je ne sais rien de toi, je ne sais pas ce que tu aimes, ce que tu es, ce que tu veux. Quoique, le vouloir, il y aurait à en dire. C'est quoi, vouloir ? Je ne veux rien, moi, je suis, et je n'y suis pour rien. C'est juste une place que je cherche, le zoo me convient mal, les bêtes au zoo, ça s'étiole. Ça se pervertit, je sais, tu crois que je ne l'ai pas compris ?

Je n'ai rien trouvé d'autre, je n'ai pas trouvé mieux, que d'être ce que je suis. J'ai peur des hommes, sexes confondus ou pas, j'ai peur des hommes en l'espèce, ils me blessent et je ne comprends pas. Je comprends, je ne suis pas comme ça. Je ne me bats pas, c'est inutile. Je m'entraîne à marcher sous la gouaille. Riez tout votre saoul, riez jusqu'à l'ivresse, riez de la bête, riez de moi. Je suis une bête, je n'ai jamais rien compris. Je ne cherche plus à comprendre, il n'y a rien à comprendre, si ce n'est pour passer le temps.

Riez, qu'est-ce que ça change à ce que vous êtes ? Riez. Les mouettes vous regardent passer, hilares. C'est ce que le monde attend de vous. On fait toujours ce que le monde attend en fin de compte, j'aurais gagné du temps à l'entendre plus vite. Riez, vous êtes là pour, pleurez, c'est la même chose, la même absurdité. On n'était peut-être pas obligé d'en rajouter, mais après tout, quelle importance. Riez, je ne changerai pas. Je ne comprends pas très bien ce que vous faites là mais c'est sans importance. D'ailleurs vous n'y êtes pas.