Elle pianote sur son clavier, comme une gamine sans appétit chipote dans son assiette, laborieusement. Dire ? Rien à dire, elle arrange les mots comme on ferait des bouquets, elle fait et elle défait, Pénélope numérique aux attentes vides. Ecrire pour quoi faire ? Personne, ici, c'est vide comme une salle de bal au petit jour. Vide et sale. Le temps s'est arrêté depuis tellement longtemps, vie immobile. Si on peut appeler vie cette paralysie qui la fixe. Masquer la vacuité, écrire comme elle se fascinerait, toute seule, écrire pour oublier qu'elle existe. Ou qu'elle n'existe pas. Enfin c'est pareil.

Ecrire comme on crie, pour l'écho, pour l'illusion d'une existence, pour l'illusion d'une présence. Ecrire comme on se débarrasse, écrire comme on vomit, des hauts le cœur et la nausée, l'estomac vide, la bile. Elle fait de la bile, c'est débile, elle se disait qu'à vomir, elle finirait par se vider, par en voir le bout, et puis non, et puis rien.

Ecrire comme un réflexe, pour vider le temps, surtout, qu'il ne se passe rien pendant qu'il passe. Vivre la même vie que les autres, s'intégrer, disparaître, elle ne sait pas. Elle ne sait pas remplir le silence de ces riens qui font passer le temps. Elle ne sait plus rien faire.

Ecrire comme on se résigne, écrire comme on s'endort. Ecrire comme on se tait. Ecrire comme on se replie au fond de ses silences. Ecrire comme on s'enfonce, lentement, lèvres serrées sur sa honte, cette souffrance imbécile qui lui tombe de nulle part, sans raison, les nœuds, le poing dans sa gorge qu'elle essaie de dissoudre à coups de points à la ligne.