J'ai un chat. Une sale bête de chat, patte leste et dents dures. Il m'a laissé sur le bras, il y a juste une semaine, la piqûre de quatre crocs plantés profond. Le sang a coulé. J'ai hésité à voir un médecin, mais à la réouverture des cabinets, mercredi, la plaie était propre, j'ai renoncé.  Bleue, et propre. Un tatouage de plus sur la peau. C'est mon chat, il est comme ça.

Quand je l'ai adopté, trop tôt pour lui mais on n'a pas retrouvé sa mère, il mordait pour rien, sans arrêt, j'en étais réduite à l'enfermer de temps en temps. J'ai la peau zébrée, jambes et bras, de griffures et de marques de dents. On admirait ma patience avec cette bête que j'ai fini par apaiser, à peu près. On a tort d'admirer, je suis comme je suis, je n'ai rien fait pour ça, on est comme on naît, n'est-il pas ? J'ai la patience des chats, et je ne mords pas.

Quand il a à me parler, il se pose à mes pieds et miaule, impérieux. Il est le seul à pouvoir me dire, à moi, "Je veux". Si je suis assise, il propulse agilement ses dix kilos sur mes genoux. Si je suis à la verticale, il s'aligne en parallèle, ses deux grosses pattes avant sur mes cuisses. Alors je peux, et même, je dois, le prendre.

Il s'installe contre moi, pour deux minutes ou pour deux heures, tout dépend, de mon immobilité et des mouches qui passent. Il tend son crâne à la caresse, les yeux fermés, il tourne la tête en tous sens, pour amener la grattouille aux oreilles, sur les joues, l'une et l'autre, sous le menton. Il se love dans mes bras, souvent il tête. Je l'entends soupirer, mon chat soupire, puis ronronner d'aise, il est, nous sommes,  béats. Parfois il s'endort, s'immobilise, puis s'agite de sursauts incongrus, comme font les chats, il n'est plus avec moi.

J'ai un chat, il a une maîtresse, il ne m'agresse plus par jeu. Charge à moi de respecter sa peau de chat. Si je tends la main pour caresser, parfois il vient, parfois il se tourne de l'autre côté. Si je prétends le prendre, ou simplement le toucher, alors qu'il n'a pas donné son assentiment, il ne se contente pas de s'éloigner, comme font les autres. Il mord. Durement. Non sans avoir prévenu à coups de queue agacés.

J'ai un chat, quand il veut il vient. Je ne vais jamais le chercher, il sait que je suis sa maîtresse. Il sait que je n'ai pas de maître. Il sait.

J'ai des chats.

J'aime les chats.