Bel animal, rouge et or, comme dans les histoires, bec pointu, griffes aiguisées, plumes affilées, bel oiseau aux yeux de rubis, bel oiseau fou. Enfermé dans ta caboche, qui déchire tes synapses et réduit en bouillie ta cervelle de piaf, bec et ongles. Bel oiseau au vol de piqué, qui rebondit aux parois de ton crâne endolori, et son cri. Entre tes deux oreilles, ce cri qui monte, enfle et te vrille les tympans. Ce cri qui tourne et roule, d'une tempe à l'autre, ce cri.

Ce cri qui te jette à bas, mains en serres aux cheveux, accrochées, mains crispées et le front qui tape. Tape. Tape. Rien n'éclate qu'un rire hystérique qui te déchire la glotte. Ce cri qui cogne et résonne, prisonnier. La mort indifférente et la folie absente. C'est toi, qui voudrais t'absenter, tu dis que tu deviens folle parce que tu ne l'es pas, désespérément pas. Eteindre l'étincelle de raison qui t'aveugle, te brûler la cervelle et libérer l'oiseau qui s'affole, arrêter son vol effaré qui te lacère les idées.

Il se pose enfin, et tu crois au repos. C'est compter sans l'énergie de son désespoir. Il a vu la lumière, et pour se libérer, il est en train de crever tes yeux de l'intérieur. Tes larmes n'existent pas, rouges et chaudes, à l'envers de tes joues, tes yeux vidés deviennent idiots. L'oiseau fou t'a bouffé le regard. Butée, tu marches droit sans savoir où tu vas, tu marches sans rien voir, un oiseau dans la tête et son cri dans la gorge.