Mourir, rêver peut-être
Par Ginette Fanfiole le mercredi 17 juin 2009, 23:59 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

Il faudrait que j'y aille, l'heure est passée, surannée après ânées. Peau d'âne et toujours pas d'âme. Il faudrait que je me tire,sérieusement, et Pan. Comment j'ai pu tenir si longtemps, je ne me l'explique pas, c'est pas ténacité, pourtant, c'est pas de m'être accrochée. Faut croire que le monde tient à moi. Il faudrait que je me casse, là, ma tête entre deux mâchoires, serrer les branches dans le poing, faire jaillir la moelle. Substantifique, oui, celle-là. Faire péter mon crâne comme une coquille de noix. Ma cervelle verrait la lumière, enfin, l'illumination essentielle juste avant la paix éternelle.
Est-ce que je t'ai dit comme j'aime le noir ? Est-ce que je t'ai dit comme au secret je me sens en paix, en équilibre, en sécurité ? J'aime le noir comme on aime dormir, je ne rêve jamais quand je dors. Je m'endors comme on sombre, comme on s'ennuit. Requiescat in pace, une avance sur la mort, le silence sans rien derrière, le silence sans arrière-pensée. Est-ce que je t'ai dit comme j'ai souhaité m'y engloutir, m'y noyer, au plus profond du silence, au plus noir, où les réponses rencontrent les questions, au hasard, sans souci de cohérence, et s'annulent réciproquement, est-ce que je t'ai dit ça ?
La vérité, au fond du trou noir où tout est, la chose et son contraire, le plus et le moins, laid condensé, danse, ma vie, le beau et le lait. Danse au fond du trou ta danse de vérité. Le beau et le le laid, opposés et pareils, la grande réconciliation, tous points de vue oblitérés, entérinés et affirmés. Tous points de vue accessibles. Toutes les hauteurs. La tête qui tourne à 360°. Tout comprendre et son contraire. Et l'amour ?
Et l'amour au fond du trou ? Quelle vérité ? Qu'est-ce qui reste au phœnix quand il n'a plus d'oxygène pour se consumer ? Est-ce que l'amour grandit ou devient inutile quand tous les points de vue sont appréhendés, préhensibles, compris et acceptés ? C'est quoi l'amour, le départ ou l'arrivée ? Le moyen ou le but ? Le chemin ou le paysage ? Pays sage. L'être ou le hêtre ? L'ancre ou l'encre ?
Je suis quoi, ni ici ni ailleurs, en chute libre, dure et dense, lourde et froide, je suis quoi, mesurée et excessive, limitée et incoercible, sage comme seuls les fous peuvent l'être, prévisible et incontrôlable, je suis qui ? Je sais quoi ? Aucune importance. Ouvrir les bras à l'enfance, l'enfance n'est pas mièvre. Ouvrir les bras à l'enfance, l'enfance est farce, l'enfance est poivre. Le reste est dans le paysage. Le reste je m'en fous. Je suis folle.
Je veux un prêtre, j'ai des choses à taire, et des prières, et des larmes à verser. Je veux un prêtre à confesser. Je ne tolère que les hommes en enfer, les autres n'ont pas d'excuse ni de raison. Je ne tolère que les hommes en hiver. Je veux défroquer un prêtre et me sauver du paradis.
Il faudrait que je m'en aille.