Mouche-toi Amédée, tu as le rimmel qui coule et la morgue qui s'écoule, écoute. Ecoute un peu, c'est pas parce que le ciel s'écroule que la lune va éclater, saute. Saute, dessus, pas par-dessus, saute dessus. T'es un peu seul là-haut, mais tu respires, toute façon en bas sont tous morts. Mouche-toi. Souffle. Trompette aussi fort que tu veux, ça débouche, toute façon, t'es tout seul, là-haut.

Le Pierrot, ça fait longtemps qu'il ne dort plus ici, a mis sa plume en bandoulière et ses cris six pieds sous taire. Pierrot il est parti. Installe-toi et fais trois pas, n'allume pas les réverbères, le soleil couchant, pas à pas, le soleil dans l'œil. Les chiens pissent au réverbère, ça te faisait une compagnie, et alors ? Laisse les chiens pisser, et hurler aussi. Tant que tu les entends t'es pas mort. T'as rien d'un loup Amédée, le Pierrot, c'est un chat qu'il a. Un gris, un chat de nuit, un chat d'ennui. Un chat pour nuits sans lune.

La lune tu t'en fous, la lune tu t'assois dessus, face cachée, en arrière. La lune s'éclaire, c'est clair, seulement quand il fait nuit. La lune à mi-jour, au couchant, la lune sous le projecteur, la lune. La lune t'es assis dessus, mais si tu regardes en l'air, tu vois. Tu vois. Tu vois les étoiles épinglées en luisant sur noir, en scintillant sur loir.

Ça dort et ça ne voit pas, en bas, regarde, Isidore, qui se cuit sans crier. Amédée se les pèle, lui. Amédée, ses pelles et son bac à sable en gelée. Amédée s'épèle, et ses obscurités.

Ferme les yeux, t'y vois rien comme ça. Je sais pas, moi, écoute, peut-être, ça bruisse et ça frémit, la rue meurt, ça bat l'heure dans les cœurs, en chœur dans les peurs. Le père en épeire, à l'amer, le heurt qui bat. L'épaule ? N'importe quoi. Les pôles. Tu t'en fous des pôles, toi t'es au pôle absolu, l'ascenseur descend plus, tu sais pas trop si c'est un départ ou une arrivée. Pour revenir, faudrait savoir d'où tu sors, pour remonter, faudrait sauter le pas.

C'est quoi cette histoire d'ascenseur ? T'es pas un poisson-lune, Amédée, fais trois pas en arrière, je t'allume le réverbère, tu vois bien, t'iras pas plus bas, t'iras pas plus loin. Faut remonter. Tu vois bien, ça n'est qu'une question d'heure, le temps, tu sais, ça va, ça vient, tu n'as qu'à te laisser porter. Les chiens ? Quoi les chiens ? Ils s'en foutent les chiens, le chat n'est pas là, les souris dansent, et les casseroles sont rangées. Enrage donc pas comme ça, tu crois quand même pas que tu vas réussir à faire tourner la lune de l'autre côté ?

Ça te fout le vertige, t'as la tête qui tourne, pas vrai ? Bois. Bois un coup, vire ton scaphandre, respire la mer et ses fonds, faut te noyer mon vieux, sinon tu n'y arriveras jamais. C'est sous la surface qu'il faut ouvrir les yeux. Le poisson-lune, il vole pas. Ben non.

Amédée, joli petit scarabée lunaire et amphibie. Mais si, tu sais nager, dans la mer des rêves, nager n'est pas mouiller, tu peux jouer. Toute façon les ailes, ça se mouille pas, jamais, au pire, ça brûle. Mais pas dans la mer de la Sérénité. Joli petit scarabée, coque sombre aux reflets bleu-vert, lumineuse, et la trémulation dorée de tes ailes dans la non atmosphère. Soleil noir. Amédée.