Pays d'enfance saccagés, en gros et en détails, interdits signifiés, à corps et sans cris, à corps abandonnés et à cris retenus. Pays d'enfance étouffés, écrasés sous leur propre poids. Enfances prohibées et coites, enfances éperdues, jamais perdues. Enfances réduites aux silences, enfances décomptées. Décontées. Enfances brandies au poing tendu, enfances revendiquées, enfances affichées, ou enfances cachées, enfances tues. Tuées.

Pays d'enfance contre monde puéril, sans retenue, sans pudeur. Enfances déchues et lucides avant l'heure. Enfances en absence, enfances en transparence, enfances en cachette. Enfances malgré tout, en dépit du bon sens, enfances envers et contre tout. Envers et contre tous. Enfances à l'envers et paradis perdus, échappées belles, échappées vaines. Enfances en filigrane comme espoirs têtus.

Enfances campées, obstinées, enfances retenues, récitées, enfances à l'appel, présentes, enfances assumées aux mondes adultes qui se défilent, enfances responsables aux mondes adultes qui se dérobent. Enfances en toute honnêteté, en toute simplicité, enfances en toute vérité. Enfances en vacance, enfances en liberté. Enfances en confiance, sur le tard, enfances en retard et mondes en avance.

Enfances en défi aux mondes vieillards, aux mondes enfouis. Enfances crânes, à la bravade, enfances bavardes, enfin. Enfances prolixes en panache. Enfances butées, osées, enfances téméraires, enfances exacerbées. Enfances au taquet. Enfance au centre de gravité. Enfances en équilibre, funambules, enfances vertigineuses, enfances en instance, à tout jamais.

Enfances écartelées. Enfances damnées. Enfances condamnées.

Condamnées à l'enfance à perpétuité.