T'rêve
Par Ginette Fanfiole le jeudi 21 mai 2009, 00:22 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

Je rêve, j'aime. J'aime rêver. Je rêve que j'aime. Je rêve quand la vie grimace, quand la mort ne me sourit plus, quand plus rien, ni âme, ni décor. Je rêve que je vis mes rêves.
Je ne rêve pas quand je vis mes rêves. Je ne rêve pas les yeux dans les siens. Je ne rêve pas la lumière du silence et les mots pour le dire. Je ne rêve pas de dire les mots. J'y vais, le pas paisible, j'y vais tout droit, sans réfléchir. J'y vais sans réfléchir et on ne me voit pas, qu'est-ce que j'y peux ? Je ne vais tout de même pas me mettre à marcher à l'envers pour être à l'endroit dans le miroir ?
Arrête de réfléchir, un peu, fais-toi opaque, tu me verras. Je ne porte pas de masque, c'est trop lourd pour moi. Je ne rêve pas que tu es là, tu y es. Il suffit d'ouvrir l'œil, je sais lire depuis si longtemps, comment est-ce que je pourrais ne pas voir ? Ne pavoise pas, ni petit ni grand, je ne rêve pas, je vais tout droit. Ce qui me porte ? Parfois on marche sur l'eau, c'est comme ça, on ne sait pas pourquoi, mais je sais bien comment je suis arrivée là. Je ne viens pas assez souvent par ici, c'est bon l'énergie.
Si je vis en rêve, c'est que je suis d'ailleurs. Vous n'auriez pas vu ma planète ? Vous n'auriez pas vu ma navette ? Je ne vis pas de rêve, c'est du dur, c'est du dense, ça existe. Tu n'en sais rien, toi, de ce qui me porte, tu ne sais pas que ça existe, alors tu crois que ce n'est qu'un rêve. Mais quand le rêve se met à marcher, c'est quoi ? La réalité serait une illusion ? Il faudrait s'en remettre au mensonge et au faux-semblant, sous prétexte que dans mensonge il y a songe ?
C'est peut-être ton rêve, c'est ma réalité, j'existe. J'existe quelque part où tu n'existes pas, c'est tout. Dans une dimension où parfois je croise mes pareils, ceux qui parlent mes mots en leur donnant le même poids. Ceux qui marchent libres sans direction à suivre, sans vent dans le dos pour les pousser. Ceux qui s'envolent comme je m'envole. Comme on s'évapore, comme on pénètre les choses. Je suis ton souffle, ta respiration, je suis ton oxygène. Je suis ton âme.
Je dors mes nuits de cinq à sept, et puis je vague. Dix vagues pour un secret. Je n'ai pas de secret, tout est là, posé devant toi, je n'ai pas de secret, je n'exhibe pas, c'est tout. Il n'y a pas de mystère, je suis comme les autres, comme n'importe qui, le vertige en plus, et le souffle un peu court. Tomber n'est pas rêver, voir défiler dans le miroir des vies étrangères, regarder passer, ce n'est pas rêver. Je tombe. Je regarde bien. Je t'ombre à tombeau ouvert, fais un pas de côté, le soleil est juste là, qui me réchauffe et m'éclaire. Je n'ai rien à cacher, c'est le contre jour, c'est le soleil qui n'est pas à sa place. Fais un pas de côté, ne te laisse pas aveugler. La lumière est plus obscure que les ténèbres quand on lui tient tête.