Le vol du bourdon
Par Ginette Fanfiole le dimanche 17 mai 2009, 08:45 - Idées noires - Lien permanent

Ce n'est pas sérieux, bien sûr ? Ce n'est pas sérieux, allons, bien sûr que non, la vie ce n'est pas sérieux. Ni à dix-sept ans ni jamais. Grave, à la limite, et encore. Encore faudrait-il toucher ses limites. Etirant jambes et bras aussi loin qu'il est possible, la vie a deux limites. La naissance et la mort. Les pieds calés au premier jour, les mains tirées loin vers l'ultime. Nous n'en sommes pas là, n'est-ce pas ? Inné, le temps coule dans nos veines, sable ou acide, épais ou fluide, jamais perdu. Temps avalé en silences, ponctué de battements, paisibles ou révulsés, temps saccadé, échevelé. Temps rassemblés ou éparpillés. Pillés. Temps mouvants et changeants. Temps pluriels, schizophrènes, un peu, qui ne passent pas, s'additionnent. On ne perd que ses dents. Elles ne repoussent pas le temps indéfiniment
Temps conjugué, au présent ou à l'absence. Temps morcelé, anachronique, compulsif, brouillon, temps mélangé. Je ne choisis pas la couleur de mes temps, le temps se perd ou s'égare, à moi Prévert. "Le Temps nous égare Le Temps nous étreint Le Temps nous est gare Le Temps nous est train." Temps tout compris, tout incompris. Sévices compris, vous ne m'entendez guère, vous ne m'avez jamais entendue. Je m'en doutais, un peu, je ne voulais pas le savoir, votre temps me rattrape. Je vais m'esquiver, tant pis, avant le temps pire, vous m'amusiez, je croyais que vous vous amusiez aussi. Laissez. Nous nous rencontrerons où il n'y a pas de ténèbres, c'est vous qui le dites. Mais nous ne nous verrons pas. Aveuglés. Nous n'aurons fait aucune compromission, ni l'un ni l'autre. C'est malin.
Temps inutile. Il n'est pire sot que celui qui croit tout comprendre, je resterais sur ma première posture, si vous vouliez bien ne pas penser à mal, pour une fois. Chaque fois que je crois comprendre quelque chose, ça dérape, ça se défile, et ça m'échappe. Vous m'avez dit un jour quelque chose comme ça je crois, je le reprends à mon compte. Mettez quelqu'un en lieu et place du quelque chose, nous y sommes. Les choses se referment sur leur mystère. Faut-il comprendre que la vérité doit être tenue sous silence ? Faut-il comprendre, faut-il se taire ? Sommes-nous étanches ? Est-ce la peur qui nous étanche ?
La peur. Peur de quoi ? Quel mal pourrions-nous bien encore nous faire ? Allons, je manque d'imagination, ou c'est parce que la mort me rassure depuis longtemps, maintenant, l'idée de me dissoudre paisiblement dans le temps. La certitude du repos, le juste destin. Je ne couche qu'avec la mort, vous savez, il n'y a qu'elle qui m'apaise. Quel mal voudriez-vous encore me faire ? Quel mal croyez-vous ? Laissez, vous me glacez. Lassée, je suis.