Dans la grande barrique du temps qui passe, jetez un à un, sans compter, chaque heure inutile, chaque mot pour rien, toutes les minutes de silence, tous les fruits de l'impotence. Versez à l'accusation les chairs gangrenées, les sangs tournés, les humeurs en sanie, laissez pourrir, laissez moisir, laissez les arômes se développer, en résonance au vide absolu et au dernier degré de l'insignifiance. Dans le grand bouillon noyez les dernières illusions, instillez goutte à goutte le venin des petites défaillances. Distillez la poussière accumulée, les incapacités certifiées, les déconfitures à la petite cuillère. N'oubliez pas le miroir pour constater, les déchets à échéance, l'état des lieux à la restitution des clés, l'échec et mat. Jetez les clés par dessus les moulins. Laissez bouillir, longtemps, laissez fermenter. Laissez aller, vous êtes dépassé, vous êtes rongé, vous êtes digéré, laissez tomber, vous êtes sans lumière. Jetez-vous à l'ignoble, à l'ordure, vautrez-vous sans retenue. A l'enterrement à la petite semelle de votre petite pointure, même les vers ne s'enivreront pas de vos états d'âme corrompue. Dans la cornue vous ne serez qu'un jus épais, amer, écœurant, répugnant, vous irez nourrir l'égout et les ventripotences imbues, clapotis nauséabond, pestilence en pluie. L'ultime nectar de vos restes finira par vous monter à la tête. Dissolu, vous n'en verrez plus, ni le bout, ni la fin, ni rien. Vous n'y verrez plus, enfin.