On m'a trop brouillé les cartes, je n'aurais pas dû. Je ne laisserai plus. Je ne laisserai plus dire à ma place ce que je sais, il ne fallait pas réveiller. Il ne faut jamais réveiller les vilaines au bois. J'aurais pu dormir encore, en rond comme le chat, toute en silence, en absence, en oubli, j'aurais pu rester hors la vie. Un le matin, deux le soir, les rails sont servis, roulez.

Je ne laisserai plus faire, tant pis. C'est là et c'est ainsi, que je suis, il y a quelque part dans l'immonde, une échappée, une issue, le ridicule ne tue pas. Il blesse. Le ridicule ne tue pas, et s'il nous laisse en vie, c'est pour lâcher la vie en laisse, non ? J'ai trouvé un point de fuite, dans ma ligne de mire, j'ai trouvé un éclair, et il faudrait le taire ? Il faudrait l'ignorer, vivre en catimini ?

Tant pis si je me trompe. Je ne me trahirai plus, je vais recommencer à avaler les leurres et les couleuvres entières, je vais tout gober parce qu'on ne sait jamais. Les vessies cachent parfois des lanternes. Messie. Garder la posture, risquer l'imposture. On ne marche pas sur l'eau sans prendre le risque de se mouiller les pieds, je volerai. Je volerai, je tomberai. J'exploserai, encore, en pluie acide, sur la paroi dure de vos défiances. Un défi au bon sens, c'est à contre-sens, que vous allez, convention, convention, convention. Déconventionnez ! Je vous le serine, je vous le martèle, et voilà seulement que moi-même je m'entends parler, tout ça n'a pas de sens. C'est dans tous les sens que ça part, ou ça reste. C'est quand on va quelque part qu'on se perd. Si on n'y allait pas, dites, si on se posait là et qu'on laissait venir ? 

Le doute est à dissoudre, c'est pas cher, l'armure, chevalier, l'armure rouillée, la posture figée, les crampes et les écus percés, c'est pas cher payé pour un vol plané. L'écuyer à la petite cuillère réparera mes paniers percés, je me rassemblerai goutte à goutte. Ça sert à quoi de pleurer ? Ça sert. Ça desserre. Ça dessert. J'irai marcher dans vos plates-bandes sur la ronde de vos récépissés. Les chiens pisseront sur vos tombes, le lilas fleurira, en épitaphe. Lis, là. Ecoute ce qu'on te dit, et tâche de comprendre, un peu mieux qu'à côté. Sors des clous et des sentiers battus, laisse donc les chemins en paix. Le parfum, le parfum s'exhale, rien moins, et n'y peut rien. Les fleurs n'auraient pas le droit de respirer ?

Je prends acte de vos frilosités, je suis au regret. J'avais laissé tomber quelque chose, là, quelque chose de moi, parfois je suis insensée, parfois je suis dérisoire d'utopies mal placées. Extravagante de foi illuminée. Vous savez pourtant qu'il n'y a qu'à vouloir, où est le mal ? Vous savez pourtant qu'il n'y a qu'à croire. Il faut croire, pour créer, c'est Dieu, qui croit, bien sûr, la créature fait ce qu'elle peut, elle croît, à la rigueur.

Grandeur et décadence des anges en déroute, vivants, explorateurs  explosés qui ont osé dépasser Dieu, n'y pas croire et croire en eux. Grandeur et décadence des anges déçus, obstinés, refusant de lécher bottes et culs. Accès de candeur mal placé, j'irai lécher ailleurs, vous ne comprenez rien à l'innocence, peut-être que vous l'êtes, aussi. Innocent. Vous l'êtes, sans doute, et assurément, je vous ai vu, à cru, et j'ai cru ce que j'ai vu. Fermez les yeux aussi fort que vous voudrez, vous ne m'empêcherez pas d'avoir vu.

C'est votre faute, un peu, aussi, vous pouviez passer sans me voir, vous pouviez me voir sans le dire, vous auriez pu, me taire. Vous auriez pu. Vous ne pouvez plus, au nom de la foi, je n'arrête plus, je suis ma voix, ni vos lois, ni vos voies sans issues. Refus. Reflux.