Pause
Par Ginette Fanfiole le mardi 12 mai 2009, 19:15 - Narcisse en abîme - Lien permanent

Je ne gère pas, j'erre. Hier la falaise, la bourrasque en sursauts, les embruns, hier l'eau salée au visage, la peur, la chute, et le vertige. Hier rigide dans le vent mauvais, le flot qui vacille et qui craque, les muscles froissés, les articulations forcées. Hier le cœur fêlé, la tête branlante dans les outrages de l'outrance. Hier l'orage, la connaissance, les repères qu'on perd, la lumière noire engloutie et le ciel sans espace, bas, lourd, le ciel écrasant. Hier en pièces, dévastée.
Aujourd'hui le mystère reste entier, dans le calme du petit matin clair. La paix au point du jour, aussi absurde que les intempérances de la veille. Les eaux étales et tranquilles, après l'intempérie, les larmes sereines. La pluie, drue et douce, qui efface le sel. La grâce arbitraire du condamné, un vœu de silence et d'immobilité. Ne plus faire, ne plus dire, ne plus bouger. Simplement être, bien ancrée, écouter les bruissements du monde. Voir et ne rien dire. Il n'y a rien à dire, juste à regarder, bien droit, sans se cacher, juste à voir ce qui se montre. Juste à tourner de l'œil, de tous les côtés.
Se poser, encore, reposer, bien au centre, en plein cœur, bien équilibrée. Retrouver son centre de gravité, mais pas trop, retrouver le sourire en coin et le clin d'œil en retrait. Juste rester là, attentive, sérieuse, comme un enfant curieux, appliqué et joyeux. Ne plus chercher de raison, ce qui est, est. Ne plus chercher de cause à effet. Rester nue dans la lumière et absorber la chaleur des soleils. Poser la garde, un peu, baisser le masque. Quelle importance, quand pis qu'aveugle, tu ne regardes pas du bon côté.
Porter le masque, pour être vu ou pour y voir ? Souligner un peu le trait pour montrer où on est, comme on balise les chemins de grande randonnée. Marcher. Poser un pied devant l'autre. Marcher comme on se perd, les yeux clos, avancer à cloche-pied, au petit bonheur, marcher les yeux bandés et percuter. Percuter comme on se croise, au hasard, il n'y a que le hasard en vérité. Croiser le fer s'il est chaud, défaire, des lances, les fers. Lancer le contre-chant, haut et clair, poser, à contre-champ et à contre-courant, être obscur dans la lumière, clair-obscur sous les croisées. Vivre sans les cernes, le trait décontrasté, les traits lissés. Pauser à contre-temps, respirer.
J'erre. Dans tous mes états. L'urgence en allée, les sous-bois de côté.