Sévices compris
Par Ginette Fanfiole le lundi 11 mai 2009, 23:02 - Idées noires - Lien permanent

Je comprends pas. Je comprends rien. J'ai jamais rien compris. Qu'est-ce que je fous là ? Pourquoi ? Pour quoi faire ? Pour quoi dire ? Je comprends pas, je comprends rien à rien, jamais. C'est pas que tant je cherche à comprendre, d'ailleurs, c'est juste que je voudrais que ça s'arrête. Le nœud coulant autour du cou, comme une cravate trop serrée, la glotte écrasée, le silence qui résonne, le silence et ses échos, deux mains nouées sur la nuque pour contenir le tumulte.
Pourquoi ça revient tout le temps, cette stridence ? Pourquoi ça me bouffe vivante ? Pourquoi ça me crie dedans des cris de déraison ? Pourquoi ça me jette au sol, sans arrêt, la tête entre les genoux et les mains sur la tête, pourquoi ? Pourquoi, nom de dieu, pourquoi, pourquoi moi, qu'est-ce que j'ai fait ? Sors dehors, si t'es un homme, Bon Dieu, montre-toi un peu, que je voie contre quoi je me bats. Fais-moi voir ta sale gueule de créateur cinglé. La mienne dans la vitrine, dans le panneau, dans le décor, ma gueule en vrac.
Viens-y donc, vieux démon, que je te fasse rendre fourche, que je te fasse goûter les subtilités délicates de tes venins artistiques. Jamais faite aux pattes deux fois de la même façon, toujours au tapis, la gueule dans la vase. Toujours à suffoquer, à hoqueter mon souffle, entre deux coups de poing de l'ennemi intérieur, entre deux coups de couteau. Chante, ma douleur, crie ton borborygme, les poumons éclatés et les tripes en sang. Hémorragies internes. Une lame entre les côtes, le couteau qu'on remue dans la plaie. Classique. Toujours prise à la gorge, cette saloperie d'angoisse qui ne desserre jamais les crocs, toujours la poitrine dans l'étau.
Etre et n'être pas. Je voudrais hêtre, l'immobilité de l'arbre, ses anneaux concentriques, et l'écorce. Je voudrais être bois, aspirer les eaux douces et souterraines, aspirer l'invisible, je voudrais être racine. On ne voit bien que dans l'obscurité. Protectrice obscurité, éteignez la lumière. Je vous en prie. Je voudrais être graine, et m'enfouir. Enfouie, je suis, la terre est froide. Un hiver après l'autre, le monde déchiré, déchirant. Et moi, posé là-dessus, roseau pensant, pansé, assigné. Le monde libre et mes chaînes, mes boulets, mes racines comme des portes fermées.
Je veux casser.