J'ai failli sourire aujourd'hui, décidément, ce ne sont pas les mêmes paysages. Sous les pavés l'orage. L'eau rage sur les plages de mes silences fatigués. Je mourrai au grand vent et dans une bouffée d'iode, dans l'odeur des dunes, sous le soleil encore froid. La brise me giflera au visage, les pins craqueront et le sable cinglera mes jambes nues. Je ne connais pas l'odeur des dunes au printemps. Ce ne sont pas les mêmes paysages. La plage vide derrière la dune. La plage vide et le ciel immoblie.  Je prendrai la première baïne de passage.

Les rouleaux me renverseront, ou je me prendrai les pieds dans le vague. L'écume effacera mes larmes et le sel cuira mes blessures. Le flot me portera et la mort m'ouvrira les bras. Elle m'attend, quelque part, bienveillante. Elle me prendra contre elle et je m'endormirai, comme un petit enfant aux bras de sa mère, je partirai en souriant. Parce que toutes les formes d'amour sont bonnes à prendre.

La vérité dans les cheveux, le vent dans les yeux et l'écume au visage. Juste laisser aller, j'ai assez de plomb dans les veines, assez pour respirer en bas, où le silence est entier. Au fond des eaux, sans partage et sans mensonge, on ne m'entendra plus. Juste le noir. Juste le bercement tranquille de la vague au-dessus, et moi dessous, qui ne nagerai plus. Depuis un moment déjà, je ne volais pas. Juste le flux, le silence des algues dans les cheveux et les étoiles, noyées, et les étoiles éteintes. Les étoiles qui ne rient plus.

J'ai failli sourire aujourd'hui.