Qui tu es pour me dire de me taire ? Qui tu te crois pour me renfoncer les mots dans le gosier ? Qui tu es ? Tu crois que c'est comme ça, que tu peux provoquer, humilier, harceler, et que je vais avoir honte, et que je vais la fermer ? Tu crois quoi ?

Tu es du côté du plus fort, je sais. Tu es du côté du plus fort et ça te rend mauvais. Tu es du côté du plus fort, tu crois que ça te légitime. T'as raison, t'as raison casse-moi, pour ce qui reste à défaire, autant que ça tombe sur moi. Casse-moi pauvre con. Et surtout prends ton temps, montre bien tes talents, fais-leur voir, de quoi tu es capable et ce que tu sais faire. Montre-leur, je serai le contre-exemple pour la contrescarpe. On apprendra. Ils apprendront.

Ils apprendront à dire en silence, ils apprendront les signes de reconnaissance, les messages secrets, les mots de passe. Ils apprendront à se méfier de l'angélisme ambiant, ils apprendront à se cacher, à déguiser, à maquiller. Ils iront te prêter allégeance et tous les serments que tu voudras, ils apprendront à mentir au nom de la vérité, ne faudra pas t'en plaindre, tu leur as tout appris.

Ils iront, déterminés et sereins, au delà de la peur, trop de peur tue la peur, comment peux-tu oublier ça ? Comment peux-tu croire que tu pourras lutter, et en sortir vainqueur ? La peur est dans ton camp, à présent, qui déforme tes traits, personne ne croit plus tes sourires, ni tes accolades ou tes claques dans le dos. Ni tes discours patelins, tes protestations de sincérité, d'honnêteté, et ta main sur le cœur.  Personne ne te croit plus, ni amis, ni pairs, ni assujettis. Le roi est nu, son sceptre d'orgueil à la main, assis sur son trône de terreur. Méfie-toi de la soupe qu'on te sert. Gare à l'heure du bouillon, Monseigneur, tu pourrais boire la tasse. Onze heures. Le tyran est seul.