Dieux alloués
Par Ginette Fanfiole le vendredi 1 mai 2009, 00:34 - Narcisse en abîme - Lien permanent

Et le monde tourne autour. Il y a mon nombril et le monde, autour, le monde tourne. Absurdus delirium. Ça n'a aucun sens. Aucun sens, bien sûr, ça ne tourne même pas rond. Et pourtant ça tourne autour de mon nombril immobile. Et le silence, comme une auberge espagnole, le silence au fond de moi, le silence, tous les silences, les autres, les miens, que je meuble au petit bonheur, que je remblaie ou que je vide, comme on vide un abcès.
Qu'est-ce que tu dis ? Les demi-mots, complices, ou qui égarent, qui êtes-vous ? Qui es-tu, qui comprends sans rien voir, sans savoir, qu'est-ce que je suis, de l'autre côté du miroir ? Qu'est ce que je suis devenue, dis, qu'est-ce que tu fais de moi ? Qu'est-ce que tu me crois ? Dis-moi. Dis-moi qui je suis.
Le silence et l'absence, je vois, je te vois. C'est toi et c'est un autre, dont tu ne sauras rien. C'est toi et c'est un autre qui n'existe pas. C'est mieux comme ça. C'est mieux comme ça non ? Est-ce que c'est mieux, comme ça ? Des solitudes, des quarantaines, des vides jamais comblés et des sables mouvants. Je ne veux plus, cette mouvance, cette aura informe, je ne veux plus ce flou.
Le monde tourne toujours dans le même sens, le monde tourne et je m'ennuie. En silence. Tu ne sais rien, de moi, de toi ici , je ne sais pas davantage. Prisonnière de mes peurs, j'ai fait des voyages que jamais tu ne feras, j'ai vu des paysages que tu ne connaîtras pas, dessiné des visages, effleuré des rivages, habité des images. Dessiné des images, effleuré des visages, habité des rivages. Dessiné des rivages, effleuré des images, habité des visages. Et puis le courage m'a manqué. Et puis j'ai voulu me noyer. La mer ne veut pas me garder, et j'essaie de l'avaler, tasse à tasse.
Ophélie m'a dit. Ophélie m'a dit que le rôle était pris, alors je suis partie. J'ai filé. Un mauvais coton me narguait dans le bleu du ciel. J'ai crié. Dans les cieux, tu peux. Crier, tu peux, les dieux sont sourds. Les dieux. Les dieux donnés. Pour que les dieux t'écoutent, c'est plus cher, il faut payer. L'addition c'est pour moi, des fois je voudrais bien savoir pour quoi, pour qui, je paie.