Tu es pierre
Par Ginette Fanfiole le vendredi 24 avril 2009, 17:22 - Narcisse en abîme - Lien permanent

C’est effrayant comme on se musèle soi-même comme pour libérer ceux qui nous encamisolent. C’est effrayant. Etre à nouveau enfermé et donner quitus à ceux là même qui nous ont bâillonnés. C’est effrayant ce mur de silence impénétrable, et les hurlements qu’on est capable de pousser. Juste pour casser le silence, juste pour sommer les pierres de parler.
Parler avec les pierres. C’est donc là qu’on en est. Parler à nos murs plutôt qu’à nos geôliers. Plutôt qu’à nos frères de misère. Pierre. Tu es pierre et je te fais église. Les cailloux désormais auront une âme.
Pierre, tu es pierre, et sur ton silence j’ai bâti ma détresse. Je n’attendais pas de réponse. J’aurais bien tendu la main aux passants, mais va tendre la main enserré dans une camisole. J’aurais bien tendu la perche du regard, d’ailleurs ça a dû m’arriver. C’est comme ça qu’on se retrouve comme une indifférence de plus au fond du lit d’un autre. Un jour optimiste, j’aurais écrit bonne fortune, mais voilà, aujourd’hui la bouteille est à moitié vide. Alors indifférence. Quand j’aurai fini de la vider, je pourrai retourner me coucher. Seule, ma lucidité d’un côté, le chat de l’autre.
Pierre. Le silence des pierres. Ça ferait un joli titre, non ? Un titre qui ne dit rien, ça tombe bien, il n’y a rien à dire. Pour dire, il faudrait un interlocuteur, au moins un. Parler aux étoiles, c’est joli, c’est poétique, mais ça ne peut pas durer bien longtemps, ça manque de répondant. Avec les étoiles, on peut rire, on peut pleurer, rien qu’aimer ça devient compliqué, alors pensez. Parler.
Parler aux étoiles ? Pourquoi pas. Et la mer à boire, aussi. Où il est le chat ? J’ai froid.