Le ver à soi
Par Ginette Fanfiole le dimanche 12 avril 2009, 10:35 - Idées noires - Lien permanent

Tu sais quoi, ya un truc qui la ronge, Petite Pomme. Ça se voit pas comme ça, ça a l'air de rien, elle garde son allure de fruit à la peau bien tendue, bien rouge, lisse et plein, elle respire la santé, mais le ver est dedans qui la bouffe, ça grossit, ça prend ses aises et tout l'oxygène ; elle étouffe à petit bruit, discrètement, halète, de plus en plus court. La chose grasse et repue termine de la bouffer vivante à petit coups de mandibules réguliers. C'est répugnant. C'est pas qu'elle n'en peut plus, elle ne peut plus, c'est tout. Elle ne peut plus mais n'a pas le choix, faut qu'elle assiste à tout ça. L'angoisse monte en nausée, ça la ronge du dedans et il n'y a rien à faire.
Faudrait purger, tiens. Elle pourrait piquer le vermifuge du chat, pour une fois. Ou qu'on vienne lui tirer le ver du nez. Hem. Le vert du nez. Mouaaaaaaaaarf et beurk, c'est immonde, hein. J'essaie de te faire toucher du doigt, fais donc pas le dégoûté comme ça. Et puis, c'est le printemps non ?
Elle pourrait se vomir elle même, comme un gant qui se retourne. Quand elle se serait mis l'épiderme à l'envers ça changerait quoi ? Evidemment d'un sens ça mettrait le ver dehors, mais ça servirait de quoi ? C'est elle qui serait piégée dedans, si tu crois que c'est mieux pour respirer. Et tous ses intérieurs répugnants, enfin ce qu'il en reste, exhibés au grand jour. A la merci du premier venu, tellement vulnérables. Remarque dans l'état où ils sont, ses intérieurs, elle risque pas de se faire bouffer, c'est pas tellement appétissant. D'ailleurs c'est déjà fait. Tu vas dire qu'elle n'est pas bien cohérente mon histoire. C'est vrai. Si Petite Pomme était cohérente , elle ne serait pas là à se compter les pépins, un coup dedans un coup dehors. Si elle était cohérente, elle s'intégrerait dans le paysage. Elle n'y penserait même pas, tiens.