Regarde-moi. Regarde.

Pas comme ça. Ne me regarde pas comme ça. De l'autre côté de ton regard, je vois, le ferment de mes inquiétudes. Je me vois dedans, je plonge. Perdu. De l'autre côté, ni froid ni chaud, du fade et du tiède, du facile, de l'indifférence. Qui es-tu ? Acide ignorance, étonnement récurrent qui jamais ne me lâche, toujours me rattrape et me lasse. Où suis-je ? dit l'héroïne regardant autour d'elle, hébétée.

Qu'est-ce que je fous là ? Comme une vague, intérieure, la brûlure se propage, le corps se consume, point ne se meurt, dommage. Combustion vive et longue, sans larme. Qu'est-ce qu'il fout là ce con ?

Il faudrait parler, dire quelque chose, ça cause, à côté, ça pérore. Ça ne sait pas encore. La fission sensitive, le tremblement, le séisme en sous-sol. Implosion différée. Ça cause toujours sans rien voir et ça sort, bon prince, l'esprit tranquille et le pas itou, en oubliant la poubelle. Quand le cri claquera et le maudira ça s'étonnera. Le printemps. Le printemps a encore frappé. Rendez-moi mes hivers.

Printemps de colères. Toutes colères, toutes blessures rouvertes et la rage de rien pouvoir cimenter, hémorragies. Sèves amères des peines goutte à goutte amassées qui débordent aux premiers soleils, quand elles devraient s'assécher. De quoi êtes-vous faits, statues mécaniques, sans émotion, sans remous, inertes ? Statues qui croyez être et ne ressentez rien. C'est moi qui existe aujourd'hui, vous êtes morts. Mortels d'inconscience et de désaffection. Vous ne savez rien de la vie, rien de la fièvre qui monte, rien de l'esprit qui bruit et qui frémit. Apparences vides, intérieurs apathiques et qui me faites crever.

Faux marbres qui flottez à la surface de vos irréalités. Esclaves décérébrés, automates obéissants, qui renouvelez sans raison le mouvement perpétuel, comme une œuvre insensée. Vous êtes l'aiguille de l'horloge en son centre rivée et qui tourne bien rond, mouvements circulaires et répétitifs, réguliers, vous ne faites rien de plus qu'illustrer le temps qui passe, et c'est la mort toujours recommencée.

Rendez-moi mes hivers. Je veux l'ombre et le froid, la paix immobile du souffle suspendu, l'apnée, l'inertie. Me détacher d'ici puisque je n'en suis pas, assez d'entre deux eaux, d'insipide, d'insensible, sortir de cet absurde mirage. Je veux l'arrêt sur image, la libération, la vérité, la seule. Epouser la Camarde et partir avec elle en voyage de noce, chevaucher le silence et explorer les temps, en tous sens, cavale ivre, habiter toutes mes dimensions.

Ne me regarde pas.