Siècle en fin de cycle
Par Ginette Fanfiole le dimanche 5 avril 2009, 02:22 - Dans le mur - Lien permanent

Non mais regarde-moi ça. Regarde si ça bourgeonne, si ça fleurit, même ça s'épanouit. Pour un peu on y croirait. On y croirait, à la vie qui revient, à la sève qui circule, au gai gazouillis du pinson léger. Ou inversement. De respiration, de souffle point, mais de l'air frais, tant que tu veux, va t'y retrouver, tiens. Si ça continue comme ça, je te le dis, les hirondelles seront rentrées dans quinze jours, deux semaines à tout casser. On va recommencer les siestes dans l'herbe parfumée aux gaz d'échappement, l'effeuillage des pâquerettes, et autres joyeusetés. Mais je vais te dire un truc, je vais te dire, moi, t'y laisse pas prendre. Le monde ment.
Pour sûr, c'est galéjade et compagnie tout ça. Pareil qu'en quatorze, quand les joyeux conscrits sont partis fiers et hardis remettre en place le Teuton mal embouché, et vas-y que je te cultive les différences et les incompréhensions au lieu de mettre en valeur la ressemblance, qui sautait pourtant au pif. Finalement c'est eux qui ont sauté, les braves poilus. Le soleil était complice au début, ben tiens. Le soleil brille que pour les riches. Quand il brille pour tout le monde, je te le dis, faut se méfier, on sait pas où ça peut mener.
Pas la peine de faire le malin, de faire celui qui a déjà lu ça quelque part, ils sont pas si cons, l'histoire, ils la réécrivent à chaque fois, avec plus ou moins de talent. Changent des trucs pour qu'on s'y retrouve pas trop vite. Tiens, on nous avait inventé un système sympathique, ça avait l'air en tout cas. République, qu'ils ont appelé ça. Avec une touche de patriotisme pour faire joli, et pas oublier le rouge du temps des cerises pour que les plus lésés soient contents. Pour cacher les taches de sang, aussi, ça fait désordre et ça sape le moral des clopinantes troupes populaires.
Démocratie, même, ils ont dit, ça leur a bien plu, ça. Démocratie, ça claque hein. Ils ont cloué la liberté au fronton des mairies, comme une chouette à la porte d'une grange, pour qu'elle puisse plus divaguer son chemin. Ils ont fait plurielle la fraternité, on compte pas quand on aime, ça évitait de mélanger les torchons et les serviettes, parce qu'il ne faut pas non plus abuser des bonnes choses. L'égalité aussi est affaire classée, on est égaux dans sa caste, de quoi est-ce que vous plaignez-vous ? M'enfin ! Faut commencer par le commencement et va voir ailleurs si l'herbe est plus verte si t'es pas content.
Démocratie, tu parles si le peuple était fier qu'on lui ait inventé ça. Qu'on lui donne à lui le droit de vote, dis-donc, et qu'il puisse choisir entre Charybde et Scylla, ça c'était du progrès, on n'avait pas fait plus grand ni plus juste depuis Louis le neuf et la poule du bon Henri. Ben quoi, choisir ses dictateurs, c'est pas beau, ça ? C'est pas grand ? Même qu'on a réinventé l'école pour qu'il apprenne à lire les bulletins de vote, le bon peuple, qu'on soit pas élu au hasard, les tyrans veulent être aimés. Ça doit être là que le bât les blesse, tous, les petits, les grands, qu'il aient de l'allure ou pas, faut qu'on les aime.
Ben c'est qu'on aurait bien joué les dieux, l'immortalité, tout ça, c'est séduisant. Sauf que ça bouffe, l'espace et l'énergie. Reste quoi ? Reste le temps. On croit que c'est inépuisable, on croit qu'on a tout le temps et c'est la vie qui passe, inexorablement. De tic en tac, de paresse en léthargie, le temps se rétrécit alors on voudrait le raccourcir, compté pour compté. Ou l'étirer, c'est selon. Toute façon c'était mieux avant. L'hiver était blanc, le printemps frais, l'été chaud et l'automne généreux. C'était écrit dans tous les manuels scolaires, ça l'est encore d'ailleurs, tu peux vérifier.
Et le printemps qui se fait complice, là. Je vais te dire, que le monde marche pas droit, on s'en doutait déjà, et même qu'on s'en plaignait pas. Qu'il tourne pas rond on le savait, mais en plus, du plus petit au plus grand, infiniment, ça tourne en rond, toujours les mêmes trajets, le même espace, les mêmes rengaines. Et ça, ça, ça, ça recommence, et ça nait, ça rit, ça pleure, ça se reproduit, à l'infini. On va pas tarder à découvrir qu'en ce qui nous concerne, l'infini est fini et la planète à saturation.
Semblerait que l'univers nous ait assez vus, mets-toi à sa place.
Commentaires
Re big bang ? Tout le monde s'éclate ......