Arrête un peu ti-cul. Arrête de faire le crapaud dans mes bras. Arrête de te blottir dans mes jupes. Arrête de me sourire comme ça. Arrête-ça, j'en peux plus. Tu y es pour rien toi, t'es tout neuf, tu sais pas. Tu sais pas tous les autres avant toi, n'y en aura pas d'autre après toi, que tu crois ou que tu vois pas. Lâche-moi ti cul, lâche-moi, ou c'est moi qui vais te lâcher. J'ai plus vingt ans, tu sais. D'accord, j'ai jamais si bien joué le pays des merveilles, d'accord, j'ai jamais si bien su ce que tu es, ni de quels appuis tu as besoin pour t'élever. D'accord, j'ai jamais si bien donné le change.

Mais faut me lâcher, ti loup, je vais tomber, bientôt, demain, je veux pas que tu tombes avec moi. Faut pas m'aimer, c'est ta mère qu'il faut embrasser, qui regarde et qui jalouse ma place, mi-figue mi-raisin, un peu amère de me voir déesse où elle n'est qu'habitude, mi-fugue mi-raison, bien contente ma foi de me passer le relais. Aujourd'hui je suis ta princesse, calée debout, bien droite, ou qui est là pour ça. Tu t'accroches et tu grimpes, ça me vacille et j'oscille.

Faut me laisser ti bout, je tiens plus debout. Grandir tout seul ça fout le vertige, j'aurais pas dû regarder en bas. Je suis qu'une asperge montée en graine, le vent me berce ou me nausée, le vent me couche et les pâquerettes, de folie en rien du tout, les pâquerettes un peu beaucoup. Pas qu'arrête. Pâques tintera le glas d'une révolution surnuméraire, absurde, loufoque et incongrue. La grande échalasse. Lasse. Lasse. Toi tu t'en iras, tu passeras la main.

Lâche ma main, petit, tu me chavires. Le temps passe, tu es toujours là, ou ta soeur, ou ton frère, ou tes pairs. Puis tes suivants, tes descendants, tes issus, la roue tourne, je chancelle. J'aurai bientôt fait mille courte-échelles aux étoiles, plus elles s'éloignent, plus je rapetisse. Echelle télescopique, le sommeil éteint mes soleils, me replie. Dépêche-toi, saute en l'air.

Ne tombe pas, je suis plus là.