Un coup pour des prunes. Un vide à remplir avec trois fois rien. Remplir. Se remplir. Avaler. Ingurgiter. Absorber. A défaut d'être, boire, manger, dévorer, engloutir.

Problème, quand on n'est rien, comment disparaître ? Hein ? Tu peux toujours te jeter, pas de danger que ça s'écrase. Même pas ça flotte, même pas ça danse dans l'air, rien c'est rien. Alors faut se remplir, tu comprends. A défaut de devenir, au moins réussir à tomber, ça serait déjà le début de quelque chose, la fin du néant. La fin du néant, ça ce serait bien tiens.

Commencer à être. Débuter quelque chose. Hé oui, je sais, il était temps d'y penser, à mon âge. Mieux vaut tard que jamais hein, et puis va penser quand tu es moins que rien. Essaie, pour voir le boulot que c'est. Non, tu ne verras rien, tu ne peux pas comprendre, toi, tu es. Même si pas grand chose, même si juste un peu, tu es. Tu ne sauras rien, jamais, du vide et du vertige. J'ai beau chercher les mots pour essayer de t'expliquer, je vois bien qu'on ne peut pas se croiser. Faut pas le prendre pour toi, je ne rencontre jamais personne, forcément, puisque personne, c'est moi. Personne en personne, l'absence en chair et en os, le néant incarné.

Qui essaie de se faire une épaisseur, une densité, comme qui dirait une existence, quoi. Ben non. Ben rien.

J'a pas bougé depuis mes débuts, la môme néant, je te jure, c'est moi. Tardieu a ben essayé de me donner consistance, a pas pu. Je te le dis, je suis pas d'ici, je suis pas d'ailleurs non plus, je suis de nulle part, et j'attends. J'attends rien. Je l'attends. Il est en retard. Finalement non, il est juste à l'heure, tiens, il vient de m'appeler. C'est fou le vide du téléphone qui vient vous embrouiller l'absence d'idée juste au moment où vos doigts viennent de se poser sur le clavier. Qu'est-ce que je disais ?

Même Mimi Geignarde a plus de présence que moi. Pourtant, Mimi Geignarde, à part se plaindre... C'est pas une gagnante la Mimi, ça non ! On peut même dire que c'est une perdante. Ben elle existe, elle, faut exister pour perdre. Pourtant Mimi personne ne l'aime. Mais évidemment, que je vais te le faire le coup du personne ne m'aime. Pourquoi je ne le ferais pas, dis, pourquoi pas moi ? Que celui qui ne l'a jamais fait me jette la première capote. Que celle qui n'a jamais embrassé le premier bel indifférent venu pour se donner l'impression d'être me crache le premier fiel. Ou inversement, c'est selon, tout n'est pas question de sexe dans la vie.

Alors, évidemment, puisque tout n'est pas sexe, il y a le chat. Ecoute, tu ne lui répèteras pas, je ne veux pas qu'on lui fasse de peine, et même si ce n'est qu'un bête animal. Dans animal il y a mal, alors on va éviter. J'aime pas les cons qui disent que la souffrance d'une bête pèse moins, d'ailleurs s'il est obèse mon chat, ça doit être à cause d'un de ces cons-là. Si, c'est vrai, mais c'est une autre histoire, moi des histoires j'en connais plein, c'est d'ailleurs assez époustouflant pour quelqu'un qui n'existe pas. De connaître l'existence du reste. Bon je me perds et toi avec, brisons-là avec les cons, il n'y a que ça à faire. Et voyons cette histoire de chat.

Le chat est là, bien sûr, mais il faut bien admettre qu'il n'a pas le choix. Le choix, point, et rien. Point final. Je vois d'ici le mauvais esprit mal embouché se mettre à me faire la causette. Ben écoute, si on pouvait faire connaissance, avant, je préfèrerais, hein. Je disais quoi ? Le chat n'a pas le choix. Il préfèrerait sans doute une maîtresse avec jardin, je ne dois pas être cotée très cher à l'aune de l'œil du chat, et même si on s'aime bien. Et puis s'il ne manque ni de chaleur, ni de piquant, je dois bien admettre qu'il manque de conversation. Même si... et puis non, je t'en parlerai une autre fois de mon greffier, il vaut son billet à lui tout seul. Du premier choix.

Revenons donc à nos moutons. Point n'est besoin de les compter, le sommeil vient bien, ces temps derniers, généreux à qui n'existe pas. Un bon truc pour dormir, ça, se vider, un bon grand ménage de printemps, un beau grand lavage de cerveau, et on dort comme un bébé. Je sais de quoi je cause, va pas croire, à force d'être légère j'arrive même plus à tenir mes paupières ouvertes. Et tu vas rigoler, je dors d'un sommeil de plomb, et pas seulement pour sauver la cohérence avec les pages précédentes. Rentrons-les donc. Les moutons, voyons, faudrait voir à s'intéresser. Pour ne point papilloter, vaciller et s'assoupir. Soupir. Immense solitude. Tu ne me suis pas, n'est-ce pas ?

C'est pas encore ce soir que je vais trouver une oreille à mon pied. Chaussez vos sonotones, enfin, faites un effort. Tendez l'oeil de mon côté. Ouvrez vos esgourdons, et rangez vos gourdins. On aurait pu causer. Ça vous aurait fait exister.