Echo aux yeux verts
Par Ginette Fanfiole le dimanche 22 mars 2009, 15:41 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

Laisse-moi dormir encore un peu. Le soleil est froid. Si je ne bouge pas, si je reste bien tranquille, peut-être le temps va-t-il m'effacer, m'aspirer dans le grand sablier. Je réussirai à oublier. Oublier. Si je reste bien immobile le monde m'oubliera. Laisse-moi.
Il n'y a pas de miroir, c'est un morceau de glace. En cube, comme celle qui danse dans ton verre. Dans ton vert... Quand il regarde dans la glace, le petit singe voit son avenir, en bloc, instantané fugace. Il oublie, mais le mal est fait, il porte en lui sa mort, et c'est irrémédiable. C'est son âme enfermée, empiégée, emprise. Ce sont ses lendemains invivables, ses mains qui ne peuvent pas se tendre, ses bras qui ne s'ouvriront pas. Ses larmes figées au fond des yeux, le singe ne pleure pas. On le prétend froid. Qui sait comme il a froid ?
Son cœur bat le plomb, lourdement, lentement, son cœur bat, contre toute raison, ce cœur qui hait la lisse indifférence du monde.mouches aux ailes arrachées
chats écrasés
toros embrochés
chevaux achevés
picadors encornés
smicards étouffés
mineurs enterrés
travailleurs bernés
cadres éreintés
mourants prolongés
petits enfants affamés
mères écartelées
enfants soldats
peuples massacrés
vivants torturés
En vrac et sans raison. Il n'y a aucune raison, aucune, si ce n'est que le monde est fou. Bêtise universelle qui ne se lave même pas les mains des souffrances inutiles qu'elle génère. Bêtise inconsciente, déshumaine condition de ceux qui font mine de rien. Pilate en pilote, en toute lucidité.
Souffrance inutile, scandale, scander. Scander, manifester. Manifester son désaccord et s'en aller. A défaut d'aider, épargner, à défaut d'aimer, respecter, à défaut de comprendre, ignorer, à défaut d'écouter, se taire et laisser vivre. Ne pas prétendre faire le bien, d'abord éviter de faire du mal. Apprendre aux petits enfants que l'innocence est sourde et cruelle. Grandir, pouvoir imaginer que la mouche souffre quand on arrache ses ailes.
Eduquer les bourreaux ? Les fuir ? S'en protéger ? Le singe dans la glace ne peut pas, ne peut rien, même pas fermer les yeux. Témoin obligé, livré, sans défense, incapable. Impuissant. Tu peux vider ton verre. La glace ne se rompt pas, c'est le pain qui se rompt, et les bâtons de la conversation. La glace se fond, jette-le, de par le fond, laisse-le, coulé, couler. Quand Narcisse remarquera son regard fixe et le reconnaîtra comme son pareil, quand la peur les aura quittés, ils pourront devenir. Des hommes peut-être.
Commentaires
Saint Pierre ponce et ne prie pas ... tiens, j'ai cru voir un vervet sauter dans ta forêt sans ciel...
Probablement un singe en enfer