Clé rose
Par Ginette Fanfiole le mercredi 11 mars 2009, 22:19 - Idées noires - Lien permanent

C'est une mauvaise plaisanterie, sans doute, le barbu, là-haut, le grand sage, le créateur aura eu son heure d'humour. Doit être caustique, notre père à tous, ou c'est son sens de l'expérimentation, ou peut-être qu'il s'ennuyait, va savoir. Va savoir comment il a eu l'idée saugrenue d'une créature aussi invivable. Elle voudrait bien craquer, la chose impossible, elle voudrait bien que ça claque, elle voudrait bien que ça pète.
Ça ne pète pas. Après les lendemains qui déchantent, les surlendemains pareils aux avant-veilles. L'âme rendue au dernier dessous, si loin dans l'obscurité qu'elle ferme les yeux pour y voir. Bien profond dans son oubliette. C'est un joli mot oubliette, c'est croustillant comme un nom de pâtisserie. Un biscuit inédit, un beignet, une sucrerie. Elle exagère, elle exagère toujours, qui pourrait l'oublier ? On n'oublie que ce qu'on connaît, enfouie et au secret, qui peut se vanter l'avoir jamais vue ? Qui sait qu'elle existe ? Qui sait ?
Qui sait ce qui la broie ? Personne, et même pas elle. Elle ne sait rien de ce qui l'étouffe, que ce corps déraisonnable qui ne la laisse pas aller en paix. Ce corps qui s'accroche au temps, ce corps qui l'ancre à ses démons. Elle veut juste larguer les amarres, partir à la dérive, elle veut juste échapper à l'étau inversé qui l'explose. Juste se libérer du plomb dans ses veines, en fusion, qui lentement l'imbibe, implacablement l'arrime, l'arraisonne. L'a-raisonne. Il n'y a pas de cri pour dire sa brûlure, pas de mot. Juste ce repli au dedans de soi, ce nœud dans le silence, cette asphyxie immobile.
Juste cette viande crispée, percluse, pétrifiée, le visage comme un masque, rigide, souffle figé, et les larmes qui roulent, dernier stigmate de vie. Elle demande merci, elle demande pardon, elle avoue tout. Tout ce qu'on lui demande, et tout ce qu'on ne lui demande pas, comme il est écrit, le vrai, le faux, elle prend tout sur elle, comme il est d'usage, la couronne d'épines, le chemin de croix, point par point. Et que ça cesse. A genoux et les cendres sur la tête, tout ce qu' "on" veut entendre, elle dira tout et le contraire, elle fera le tour de la question. Jusqu'au point de rupture. Que les ressorts enfin se lâchent, que la meule se taise, que ça casse.
Que ça casse.