Tout jeune déjà, il était tout petit, tout petit déjà, il sautait partout en riant comme un fou. Comme il grimaçait tout le temps on l'appelait ptit clown. Les autres avaient grandi, pas lui. Il était resté petit, avec le temps s'était aigri et changé en triste sire. En toute logique, il avait décidé de se faire élire roi. C'était son droit, et la place n'était guère prisée cette année-là. La carabosse d'en face était bien plus effrayante que lui, avec son sourire plein de dents, et le bon peuple n'hésita pas. C'est à dire qu'il balança un peu. Et rejetant la peste, se rabattit sur le choléra, souvent les choix n'en sont pas.

Ptit clown commença son numéro. Enfin son règne. D'abord, il répudia sa compagne, et épousa une jolie et grande dame pour être plus beau sur les photos.  Elle en avait fait un homme délicat, depuis qu'il était avec elle, toujours il marchait sur la pointe des pieds. Pour ne pas la déranger sans doute ? Ou pour qu'on ne l'entende pas arriver de trop loin avec ses mauvais coups. Le couple de nouveaux mariés alla saluer une vieille reine mère, qui intronisa la princesse dans ses fonctions. Ce n'était pas le moment de s'attirer des malédictions en attisant le courroux des vieilles fées, aussi la nouvelle dame avait-elle soigné sa panoplie de modeste. Ptit roi s'amusait comme un fou. Il allait bien rigoler.

Petite pomme se rappelait très bien comme tout avait commencé. Ça n'allait déjà pas fort, le pays tournait sur trois pattes comme un vieux moteur encrassé. Sire le nain décida alors d'hermétiquement tout boucher, les échappatoires en particulier, pour plus vite tout faire péter. Sans doute voulait-il repartir du bon pied. Petite pomme se rappelait, les premiers défilés dans les rues, les chansons trop gaies, les rires trop légers. L'avorton roi ne s'y trompa pas et resta sourd aux appels des refrains joyeux. Mon peuple chante, avait-il coutume de dire, il est heureux. C'est grâce à moi. Et il faisait miroiter sa Roulesque pour éblouir les curieux.

Mon peuple a du souffle, qu'il chante plus fort, ordonna-t-il à ses milichiens, qui souriaient des commissures et tabassaient aux entournures. Pour encourager les cortèges suivants et successifs, des politichieurs se mirent à asticoter les contestes à faire taire. Qui sans se faire prier, montrèrent leurs belles voix. N'ayant, croyaient-ils, aucun fromage à perdre, ils se faisaient forts de ne pas se gêner, la démocrachie était à scier. Qu'on la brûle sur les autels de la bonne conscience collective. Ça ne mange pas de pain et ça n'engage à rien. Désobéissons !!! riaient-ils.

Le souverain nabot se frottait les mains. Pour le quatorze juillet, il décida de faire danser le pays entier, il allait galvaniser les réfractaires. Il réunit ses sinistres, en conseil, comme il se doit, et leur intima l'ordre de réveiller séance tenante et supplémentaire s'il le fallait les dépités en chambre, pour leur faire voter une loi interdisant aux manants de respirer. Il allait insuffler l'oxygène au mérite, on verrait bien si quelqu'un oserait encore railler. On l'époumonerait en place publique, en lieu et place de grève, sur toutes les plages de Franche, pour servir d'exemple.

Les dépités grognèrent un peu, se retournèrent pour appuyer sur la gâchette et exécuter l'ordonnance, puis se rendormirent des deux oreilles. Le palais barbon de toute façon était sourd aux cris tonitruants de la population. Les traders étaient prêts à tout. Ce furent eux qui trahirent les premiers en entendant monter le son du canon de Colombine et Pierrot chantant l'hymne des révoltés : "au clair de la lune"

Ils avaient forcé les rêveurs à marcher devant, qui remplaçaient avantageusement aux premières lignes les responsables chiendicaux, blêmes de peur à l'idée de ramasser des balles perdues. Et puis comme ils ne savaient plus pour quelle équipe ils jouaient, ou plutôt, comme ils avaient peur qu'on les voie délibérément marquer contre leur camp, ils s'étaient prudemment cantonnés aux arrière-postes et faisaient une belote en attendant le retour des congés payés.

Sous les pavés la plage et vive la grève. Voyant que tout était en ordre et bien rangé, comme prévu et comme négocié, les milichiens avaient tiré et Colombine était tombée. Le feu de la poudre avait parlé, les chanteurs s'étaient tus. Les traders étaient sortis grognards du palais en criant que les cours de la banane venaient de s'effondrer et que tout allait déraper. Ils en balançaient les peaux sur le nez des milichiens pour les empêcher de viser.

L'estatue du général frémit dans le Panthéon. Les franchais ne seraient plus des veaux ? Il serait parti trop tôt ? Il décida de sortir de sa tombe pour lancer outre son appel. Bien entendu, il était sur écoute et les veilleurs du net eurent tôt fait de l'intercepter. L'homoncule absolu ne l'entendait pas de cette oreille. Il envoya la grande saucisse calmer les ardeurs du fondateur et lui piquer son discours. Alors il monta sur son petit escabeau pour se faire acclamer par la foule en délire. Il promit de venger Colombine. Et solennellement, il décrocha la lune et la jeta aux insurgés pour qu'ils la mettent en pièces.

Depuis ce funeste jour, plus personne n'y voit la nuit et les chats sont interdits. Chaque quatorze juillet, la retraite des flambeaux célèbre la grande extinction. Des corps, des cœurs et des esprits.