N’y a plus de saison, tout se mélange. Les jours tous pareils, sans raison, sans motifs. Tout se brouille. Le silence confus, les absences qui résonnent, les heures qui sonnent. Tout s’embrouille. Indifférence. Lassitude. Trouver une issue. Se taire un peu plus. Les mots. Les mots ne disent jamais ce qu’on veut leur faire dire. Nos propres mots nous échappent et tiennent des propos que nous ne connaissons pas. Que nous ne comprenons pas. Nos propres mots nous trahissent. Incohérence. Plus d’appétit, pas faim. Si ce monde était cohérent, ce serait le mot de la fin.

Ce serait tellement simple, tellement paisible. Retourner sereinement à la terre, au soleil, à la pluie. Retourner à l’essence des choses. Se fondre. Se dissoudre. Appartenir. Rentrer chez soi, au lieu de rentrer en soi. Ce serait tellement plus vrai, comme une seconde naissance. Se noyer dans l’océan des consciences, y perdre la sienne. Devenir aveugle. Devenir sourd. Être, juste être. Ne plus savoir, ne plus comprendre, ne plus chercher à comprendre.

Être ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être. Juste un grain de poussière. Juste un grain de lumière au fond de l’univers. La lumière est aveugle, où est la vérité, où est-elle ? Dans le clair de lune ou dans l’œil qui le voit ? Où est l’amour ? Dans le rayon du soleil ou sur la peau qu'il réchauffe ? Il me vient des questions idiotes. Est-ce que les étoiles ont froid ? Il me semble. Il me semble, que les étoiles ont froid. Mais alors, les étoiles auraient un cœur ? Il faut un cœur pour avoir froid. Les lointaines, les insensibles, elles vibreraient ? elles palpiteraient ? elles seraient vivantes ?

Mais alors c’est quoi, cette lumière, c’est pour quoi ? Pour quoi faire ? Ce serait juste, une autre façon de parler, une autre façon de se taire ? C’est parfois acéré, un rayon de lumière, ça ne s’étale pas toujours en flaque. C’est parfois perçant. L’ombre est douce, l’ombre est fraiche. L’ombre. Que serait la lumière sans l’ombre ? Ni plus ni moins que ce que serait la musique sans silence. Ni plus ni moins que le verbe sans le cri. Ce verbe qui nous échappe et qui nous trahit. Réduire le verbe au cri originel ? Ne plus le laisser dire ? Noyer le cri dans le verbe ? Quand la poule ne pond pas, qui fait l'œuf ?

Je n’ai pas de leçon à donner, je ne sais pas. Je n’ai pas de leçon à recevoir. D’où je suis je n’entends pas. Je n’entends pas. La lumière est aveugle, le cri est sourd et je ne sais pas.