Je sais je sais. Rien ni personne n'est tout blanc ou tout noir.

Ça commence mal là. Je sais ça ne se dit pas, on est prié de ne pas savoir. Mais savoir ce qu'on sait sans le savoir, c'est pire que de ne rien savoir. Non ? C'est surtout que c'est pas vrai, mais si tout ce qui se sait était vrai, resterait pas grand chose à savoir, croyez pas ? Et puis c'est pas parole d'évangile, ici, je revendique le droit à l'erreur. Toute façon, j'ai pas le choix. Pour le droit à l'horreur, on m'a pas demandé mon avis, je prends ce qu'on me donne, et rien que les images je ne supporte pas. Depuis toute petite on me terrorise. Mais c'est une autre histoire et je la dirai plus tard. Ou pas.

On prétend que personne n'est tout blanc ou tout noir. Moi je dis faut voir. Tenez, par exemple moi. Oui encore moi, c'est quand même le sujet que je connais le moins mal, mais mal quand même, et quand ça fait mal, c'est normal, on se replie sur soi. Alors moi, faut pas s'y fier. Faut opacifier. Là maintenant tout de suite, je suis noire. Là maintenant tout de suite, et depuis toujours, je suis la mauvaise. La bête noire. Le mouton noir. Ouais bon, la brebis si vous voulez, mais brebis noire ça le fait moins bien, à moins que mouton noir devienne brebis galeuse. Allez savoir. Tout est noir chez moi. Le café, c'est anodin, les idées, un peu moins. L'humour et le drapeau. Pour le drapeau, j'ai hésité, un peu, le rouge aussi j'aimais bien, et rouge et noir, c'est pas si mal. Finalement non, noir, c'est noir. Comprenez-vous, faut être entier, faut se rassembler, l'ego morcelé, ça fait vaciller, j'ai beau bétonner, rien n'y fait, ça ne tient pas. Faut bien trier ce qui va ensemble. Alors noir, parti pris. Parti pris pour le drapeau noir, c'est rigolo en plus, je continue comme ça.

Noir comme dans un four. Un four à charbon forcément. Noir de fumée, non ça j'ai arrêté. Le noir je le broie, assidûment, ou c'est lui qui me broie ? A moins que ce soit le principe de réciprocité. Cherchez pas, ça n'existe pas, je viens de l'inventer. Vérification faite, si, ça existe, encore un truc que je savais sans le savoir. Mais c'est une affaire d'états, et l'état c'est pas moi. Ou alors c'est pas le même. Manquerait plus qu'une série noire, tiens. Histoire de noyer le boudin noir en eaux troubles. Ah misère ! Non, ma misère n'est pas noire, il n'est pas interdit d'espérer, mais nous n'en sommes encore pas là n'est-ce pas. N'est-ce pas ??

Tout est noir, même ma lumière. C'est même celle que je préfère, à l'abri de ma chambre noire. De la lumière noire au cœur du trou noir, c'est joli non ? Parce que le trou, il est noir, bel et bien, on n'en voit pas le fond. Ça aspire et ça recrache pas, c'est pour ça les idées noires, des fois je voudrais bien ressortir quelque part. Alors je me dis qu'elle est peut-être là l'issue. Qui pour fatale qu'elle soit n'en est pas moins issue, et pourquoi pas de secours. Des fois je me dis que je déraisonne, des fois je me dis que j'ai raison, mais là maintenant, ça n'a aucune l'importance.

Qu'est ce que ça peut foutre, savoir ou pas savoir, avoir raison ou pas, qu'est-ce que ça peut foutre si on est incapable ? Que voulez-vous que la bonne y fasse, hein ma bonne dame. Vous vous rappelez ce qu'elle disait, la bonne. Je voudrais bien mais je peux point. C'est comme ça. Savoir c'est pas pouvoir, ça se saurait. Savoir ça sert à rien. Ça sert juste à se faire des peurs bleues et des colères noires.

Savez quoi ? J'en sais rien. Mais si je commence à  faire la liste (noire) de tout ce que je sais que je ne sais pas, la nuit va être blanche. Et si je me mets à énumérer tout ce que je ne peux point c'est ma journée qui va être noire. Noir des bennes, pas noir ébène.

Je sais, ça ne résoud rien. La seule façon de résoudre, c'est de dissoudre et ça me fout le vertige. Les croqueurs de pomme sauront de quoi je parle. J'avais gardé une poire, pour la soif. J'y ai mordu, à pleine bouche. C'était une poire d'angoisse.

Noir.