C'est pas une heure pour les coups de blues. On pourrait pas dormir plutôt ? Fermer les yeux sur le silence, sur l'immensité blanche, sur le désert givré ? Je peux pas dormir quand j'ai froid. Le chat fait ce qu'il peut, il ronfle même un peu pour réchauffer l'atmosphère. Grosse fatigue. Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?

Réchauffer, ça va tout seul quand c'est dehors, t'as qu'à voir, le réchauffement climatique, c'est pas intérieur. Mais dedans. Comment on fait sortir le blizzard quand on l'a, verrouillé, au dedans ? Comment on adoucit le coup de froid ? Est-ce qu'on pourrait pas faire encore plus froid, encore plus, jusqu'à ce que le temps s'arrête ?

Quand ça se réchauffe aussi ça fait mal, et même c'est pis. Ça casse aux extrémités, on voit ce qu'on a perdu, ce qu'on va perdre encore, ce qui ne tient plus qu'à un fil. Les bribes qui se déchirent, peau lacérée, le froid, le froid brûle pire que le chaud, lambeau à lambeau, on se défait. Baissez le thermostat s'il vous plaît. Quand le froid est passé il n' y a pas de retour en arrière possible.

C'est pas une heure pour le vague à l'âme, ou bien qu'elle gèle, qu'elle immobilise, une bonne vague de froid, qu'on se repose un peu. Qu'on fige tout. Le glacier recule et laisse à ciel découvert des tristesses surannées. Les tendresses, la chaleur, éjectez, dégagez. Danger. De fonte et de débâcle. Dormez. Glacez. Solidifiez.

Étayez, ça va s'affaisser, ça va s'avachir. Virez-moi tous les poids lourds, posez les barrières c'est le dégel. Terrain meuble. Fondations en bouillie. Fondations ? Quelles fondations ? Je suis fatiguée, et c'est trop tard, je vais pas creuser à cette heure-ci. C'est pas une heure pour les coups de pompe, je suis crevée. J'ai plus de rustines, la colle tient pas, toute façon les roues sont voilées.

Laissez tomber.