Mélopée en piqué
Par Ginette Fanfiole le dimanche 8 février 2009, 20:21 - Idées noires - Lien permanent

Silence obstiné des bavards. Surtout ne rien dire. Tomber dans les fades et paresseuses spirales de l'ennui. Tomber. Chute ininterrompue. Silence aigu pour cri obtus. Mains vissées sur oreille bouchées. Silence. On veut dormir. S'enfoncer dans le cocon douillet de l'oubli.
L'oubli, il y a des pilules pour ça. Deux le matin deux le soir et vous n'y penserez plus, penserez à autre chose, ne penserez plus du tout. C 'est ça qui serait bon tiens. Plus penser. Fouiller le tiroir et ressortir les restes ? Le docteur ne va pas être content, vivre sous anesthésie d'accord, mais faut que ce soit lui qui ordonne. Sinon tu restes avec tes tympans qui vrillent et cette pesanteur implacable. Ou tu n'as qu'à t'acheter la télé. La télé c'est bien pour l'oubli.
Arrimée à tes acides. A tes amers. A tes incontournables. A tes inexorables. Ça dure. Ça a beau passer vite, c'est long une vie. Ça n'en finit pas. Tu as beau, tu as beau te chercher des prétextes, des raisons, des objectifs comme ils disent. Tu as beau t'inventer des faux-semblant, te tricoter des machins qui brillent, des illusions qui aident le temps à filer. C'est toujours la même course dans le même labyrinthe, la course à l'aveuglette, les mêmes pièges, les mêmes écueils. Toujours les mêmes chutes, qui ne te font plus rire. Des fleurs pour Algernon. Appelez-moi Charlie.
Tu as beau poursuivre, ça s'embourbe, ça tourne en rond. Toujours se courir après. Combien de temps à tirer ? Ça s'arrête quand la réclusion perpétuelle ? Tu ne sais même plus après quoi tu cours. Tu veux juste poser ton cul par terre et regarder un coucher de soleil. Un coucher de soleil en février. Et pourquoi pas du lilas ? T'es malade pauvre cloche. T'es malade. Ça sonne fou dans ta caboche mal dégauchie, t'es pas d'équerre. Faut aller à l'équarissage, qu'on te remette en norme.