Elle s'affala sur le talus, au bord du chemin, la tête entre les mains, frappant la bulle de ses poings fermés. Elle criait dedans, hurlait sans doute, sans déranger le moins du monde la foule en marche. Seul son visage déformé laissait imaginer sa stridence, cri long, ininterrompu, inextinguible. Elle chercha, l'œil hagard, une arme, un outil, quelque chose pour se libérer du parasite greffé sur son visage. Elle finit, en désespoir de cause, par s'agenouiller et frapper sa tête à coups réguliers sur le sol, comme un fanatique en prières. La bulle se couvrait de boue, le sol meuble absorbait les chocs.

Elle se leva et se mit à courir, droit devant, aveuglée, dans son scaphandre hideux couvert de boue et d'immondices. A la pensée de ce que cette boue devait contenir, une nausée la prit, qu'elle ravala. Ne pas vomir tant qu'elle serait enfermée dans ce truc. L'air commençait à manquer. Elle suffoquait, entre deux hoquets. Tomba à nouveau, les mains dans l'ordure. Se releva en titubant. Se jeter la tête au mur, se délivrer de la chose qui l’étouffait.
Elle sentit une main sur son épaule, quelqu'un essayait de l'atteindre. Elle se figea sur place. Un poing vola vers son visage.
La bulle éclata, se répandant en filets fétides. Elle se pencha en avant et vomit. Elle tremblait. Entre deux sursauts elle avalait l'air nauséabond à grandes gorgées goulues. Elle se laissa tomber, quelque chose la retint. Quelque chose. Ou quelqu'un.