Echange pourquoi contre comment. Ou réciproquement.
Par Ginette Fanfiole le mercredi 21 janvier 2009, 19:38 - Papotis - Lien permanent

Celle qui écrit n'est pas celle qui existe. Pourquoi écrire sinon ? Bien sûr, elle a fait ça, raconter sa vie. Même alors qu'elle essayait de coller au plus près la réalité, même alors qu'elle essayait simplement de décrire, au plus juste, d'être exhaustive, d'être complète, même alors ce n'était pas vrai. Bien sûr que ce n'est pas vrai, jamais vrai. Ce n'est pas tant la substance, que l'éclairage, qui change la semblance. Il y a la manière, quoi, la manière de poser le sujet , la manière d'éclairer le décor pour lui faire dire autre chose que ce qu'il est. Y aurait-il des réalités multiples et fondues l'une dans l'autre qui rendent vraies une chose et son contraire ? A moins qu'il ne s'agisse que d'endroit et d'envers ? Est-ce son regard ? Un regard qui changerait le monde en le laissant pareil ? Il y a de ça, sans doute. Mais c'est pas si simple.
C'est pas si simple. Les mots qui les relient, celle qui écrit, celle qui existe.
Celle à qui tu parles aussi, elle les aime bien ces mots-là. C'est pas si simple. Enfin, c'est pas qu'elle les aime bien, c'est qu'ils s'imposent à elle souvent. Sans conteste. Des fois elles aimeraient que ce soit plus simple mais bon. Ça l'est pas, voilà quoi.
Oups, j'ai dit elles. Et merde il y en a trois, ça tombe mal. Non, je ne me prends pas pour Dieu. Réfléchissez un peu, les femmes prêtres, Benoît n'en veut pas. Et quand je vois la gueule du bon Dieu sur la terre, je préfère. Pour les couvents (oui je digresse mais ça vient comme ça) pour les couvents non plus ne comptez pas sur moi. De grâce, ne m'enfermez pas.
Quoique. Des fois ça me tenterait bien, à cause du silence et de la paix. Mais il me semble que je préfèrerais les moines aux carmélites. Ben quoi, Dieu n'est pas de bois, demandez à Marie Madeleine. Bouclons le méandre et revenons à nous. Enfin à moi.
Le roi Soleil et Alain Delon, maintenant, bonjour la schizophrénie.
Une spirale dans le méandre.
Plongeons.
Celle qui écrit a toujours raison. Si si. Elle est sûre de ce qu'elle pose, de la vérité de ses propos, à l'abri. L'abri de quoi ? On ne sait pas. De la conviction, peut-être. Comment écrire, sinon ? Assurance tranquille d'avoir fait dans le bon sens le tour de la question. C'est effrayant d'assurance péremptoire l'écriture. Je mets quiconque au défi d'écrire la moindre ligne qui se tienne sans un minimum de conviction. Heureusement, la péremption ne dure pas, tout le monde sait ça, c'est écrit sur tous les yaourts.
Quand celle qui écrit cède la place à celle qui existe. Quand elle relit. Quand elle se dit qu'elle va passer pour une dingue à exhiber des trucs pareils. Quand elle sort dans la vraie vie, enfin ce qu'on appelle la vraie vie. Ça lui paraît tellement étrange, le monde des mots. Tellement irréel. Elle en est une autre qui regarde de loin la fondue dans son univers, la fondue en dehors de tout, la givrée qui arrache ses croûtes et rouvre ses plaies avec complaisance. Qui se raconte des histoires.
Parfois, celle qui écrit se confond avec celle qui existe. Parfois. Quand elle marche. Quand elle conduit. Quand elle conduit, elle met le dictaphone en route, celle qui écrit parle, et celle qui existe conduit. Quand elle marche, c'est plus compliqué. En ville elle n'ose pas. Vous voyez bien que rien n'est simple. Tout à l'heure, un piéton l'a agacée qui l'empêchait de regarder la cathédrale comme elle voulait, et qui n'en finissait pas d'ajuster de trop près son pas sur le sien alors qu'elle voulait justement s'arrêter. Heureusement elle n'avait pas de micro, elle s'est tue. Celle qui écrit n'aime pas que ceux qui marchent debout l'empêchent. Un soir elle reviendra avec l'appareil photo peut-être. Mais sans dictaphone. Elle aime passer pour quelqu'un de normal.
Chemin faisant, elle s'est dit que c'est celle qui écrit que les intrus dérangent. Pourtant l'autre est là, qui existe, s'arrête aux feux, stoppe d'un regard impérieux les voitures aux passages protégés, le pas assuré, la démarche vive. Celle qui écrit est mal à l'aise dans le monde réel. Elle s'est posé la question de la frontière, qu'est-ce qui est vrai ? La réalité sèche, cartésienne ? Les émotions qui l'animent et n'y ont pas place ?
Souvent elle s'étonne d'être toujours présente dans ce monde qui lui est si mystérieux, où tous semblent trouver leurs marques, sauf elle. Dans cette société fourmilière. La fourmi peut-elle supporter de vivre quand elle sait qu'elle n'est que fourmi ? Qu'est-ce qu'elle fout là enfin ? Ils sont si rares ceux qui savent que celle qui écrit est aussi celle qui existe. Si rares ceux qui l'autorisent à être. Entière. Si rares ceux qui ont envie de s'échapper de la fourmilière. D'échapper à leur condition.
Condition, si on peut dire, c'est sans condition qu'on l'a plantée là, dans un univers qui n'est pas le sien. A charge pour elle de trouver une place. Remarquez bien une place, elle en a une. Mais ce n'est pas la sienne, parfois elle se demande si elle s'est pas tout simplement trompée de planète quand elle est née. Si elle cherche pas seulement à reconstruire mot à mot un monde à sa mesure.
Police des consciences attention !!!
Tentative d'évasion.
Commentaires
quand on écrit on laisse un peu de soi