Silences froissés
Par Ginette Fanfiole le dimanche 11 janvier 2009, 21:36 - Papotis - Lien permanent

Aujourd'hui elle est sortie. Pas de miracle, le ménage n'est toujours pas fait. Ni le repassage. Pas de miracle, elle est restée longtemps, sous la couette. Comme chaque dimanche, le café a refroidi. La chatte est venue s'allonger sur ses jambes, le chat, impérieux, ignorant la machine posée sur sa poitrine, est venu réclamer son quotidien de grattouilles, de chatouilles, de gourmandises et de léchouilles. Pas de mauvais esprit, je vous prie. Quand le chat a eu son content, il lui a coutume de lui passer un coup de râpe tiède sur la main.
Elle a bu son café froid. Il fallait bien attendre que Messire Greffier ait fini de lui présenter ses salutations du matin. Elle vous dira qu'elle est bien obligée, que si l'on écourte les civilités, Messire se venge sur les minettes assujetties et leur inflige de vilains coups de griffes. Vous admettrez que c'est déplorable. Ne lui dites pas que je vous l'ai dit, en réalité, elle adore ça, les hommages de Messire Greffier. Elle s'amuse de ses quatre pattes qui rythment la cadence de la têtée. Monsieur Chat tête, comme un bébé. Et bêtement ça la touche, ce félin agressif qui se fait nouveau né dans ses bras.
Quand le chat se lasse, elle retrouve son clavier. Elle ne clique plus comme avant, avec gloutonnerie, d'un marque-page à l'autre, pour voir les derniers billets sortis. Mais elle traîne un peu, au hasard, elle musarde pour bercer la paresse. Elle finit toujours par le même, un peu par amitié, un peu par gourmandise, avant d'entrer chez elle. Elle se logue, elle se relit. Commence un billet, corrige ceci, avance cela, publie, ou pas, c'est selon. Elle change la zique, elle aime bien. Des fois, elle y passe la journée, un mot ici, une virgule là.
Aujourd'hui, merveille, elle a trouvé le chemin de la douche avant midi. Dame Ronron à la sortie, n'a pas manqué comme chaque jour de lui faire connaître son goût pour le parfum de son gel douche. Chaque jour, quand elle sort de la salle de bain, Dame Ronron exige son attention, à grand coups de tête contre son bras, grand renfort de frottis frotta. Pas moyen de se défiler.
Elle a fini par s'extirper des griffes de sa câline. La nuit tombe vite en hiver, elle s'est dépêchée de se s'esquiver avant que Madame Troisième ne la convoque d'un miaulement impérieux. Dehors, c'était grand beau, grand sec, elle a marché grand train jusqu'au parvis de la cathédrale en aspirant fort l'air vif. Elle s'est étonnée d'arriver si vite devant le grand bâtiment vitré qui fait injure au monument moyenâgeux. Une porte vitrée a coulissé, elle est entrée.
Elle a vidé un sac en faux cuir, une guichetière l'a débarrassée. Elle a grimpé un escalier. La hanche se fait discrète, pour l'instant, elle la soutient vaillamment. Elle a escaladé les étages, vite, jusqu'en en haut. Traversé les rayonnages sans leur prêter la moindre attention. Fourragé dans les bacs à BD. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept... Le cartable est vite rempli.
C'est lourd la culture. Elle est redescendue un peu moins vite qu'elle n'est montée. Elle a enregistré ses bagages. Elle est ressortie en coulissant sur le parvis de la cathédrale. La porte vitrée l'a saluée en se refermant. Le poids des mots a fait protester ses articulations. Sa hanche droite est mal lunée, ces jours derniers, alors elle a levé le pied. Trotti trottant elle a regagné la chaleur de l'appartement, pas de photos pour aujourd'hui. Elle s'est préparé un thé, prière de ne pas déranger. Elle lit.