Juste pleurer seulement vieillir
Par Ginette Fanfiole le dimanche 11 janvier 2009, 15:04 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

Je vais juste pleurer. Chialer. Me répandre. Personne n'est obligé d'assister à ça, personne. Pouvez aussi bien refermer la page comme on referme une porte, doucement s'il vous plaît. Doucement. Sans déranger.
Je vais juste être indécente. C'est pas de l'exhibition. C'est pas de la peur. Il est trop tard pour la peur. C'est pas la révolution. A peine un soubresaut, un mouvement de révolte, vous me faites chier, tous les cache-toi, tous les tais-toi, tous les tiens-toi droite. Celui qui ne veut pas voir ça, qu'il tourne les yeux de l'autre côté, comme tout le monde. Tourne les talons, même. Ou hoche la tête, condescendant, compatisse. Je m'en fous. D'où je suis je m'en fous.
Je vais juste crier. Plus entendre ce crissement dans la tête, ce grincement, masquer la stridence. Masquer le rire. Masquer le rire de l'autre, qui rit de ma niaiserie. Le rire bienveillant, le rire qui aime, redoutable. Le rire qui enferme. Crier plus fort que lui, effacer le rictus du visage du Joker. Qui m'envisage. Avec suffisance et un rien de commisération.
C'est ça je me tais. Je me tais. Je tais ma gueule, je vais m'asseoir, laisser couler tout ça, en silence. Socialement correcte.
Vomir. Je vais vomir. En chemise et à quatre pattes, la gueule dans la cuvette, avec des hoquets et des borborygmes, des gargouillis incongrus, et des ressauts de tout le corps. Pas lavée, pas coiffée, vomir à genoux dans l'immondice.
Putain, j'ai même pas bu.
Je vais vomir et pleurer, après peut-être je pourrai dormir. Les cheveux emmêlés, à nu sur le carrelage et la peau maculée. De larmes et de vomissure aux commissures. Dans l'odeur écœurante du trop-plein qu'on dégorge. Je t'en foutrais de la fragrance moi. Du putride, oui, du nauséabond, du pestilentiel. Cachez-moi ces humeurs que l'on ne saurait voir. C'est pas joli joli, hein, la blessure infectée, mûrie au fil du temps qui crève et se répand.
T'en vas pas. S'il te plaît, t'en vas pas. Je vais nettoyer, aérer, me doucher, je vais me rhabiller.
Pars pas.
Tu sais, je veux juste la paix. Juste respirer. Souffler. Juste vieillir. Je voudrais juste vieillir. De l'au-dehors ça va, ça s'affaisse discrètement, ça flétrit proprement, ça rouille là où ça doit. Le pas un rien plus lourd, la voix un peu plus lasse. Ça suit son cours, dehors ça va. C'est dedans, au dedans, ça se débat comme avant, ça se rebiffe, ça recule, c'en devient ridicule.
Je voudrais seulement vieillir. Que ça se patine à l'intérieur, comme un vieux cuir longtemps porté, comme un vieux cuir qu'aurait tout vu, de la pluie, du beau temps, du trop froid, du trop chaud, des coups de griffes aussi. Que ça se tanne, que ça s'épaississe et même que ça s'endurcisse.
Je voudrais seulement vieillir.
Commentaires
C'est effroyable, c'est mesquin. Mais aujourd'hui je pleure sur moi-même, sur mon sort.
Rien à foutre de vos misères!
Et puis moi, j'aimerais -lorsque je tends les mains- ne pas voir le temps et des poussières me filer entre les doigts!