Prologue
Par Ginette Fanfiole le mardi 30 décembre 2008, 17:23 - Dans le mur - Lien permanent

On avançait en rangs serrés, droit devant. Elle se rappelait, autrefois, les yeux aussi, le regard, droit devant, loin devant, annonçaient un avenir lumineux, des lendemains de douceurs, de miels et de nectars, des lendemains à déguster paisiblement, un jour après l’autre.
On avançait en rangs serrés, droit devant. Elle se rappelait, autrefois, les yeux aussi, le regard, droit devant, loin devant, annonçaient un avenir lumineux, des lendemains de douceurs, de miels et de nectars, des lendemains à déguster paisiblement, un jour après l’autre. On avançait en rangs serrés, les yeux fixés au sol ne regardaient plus rien. On regardait au-dedans de soi, chacun au milieu de la foule perdu dans ses pensées. Ses visions.
On avançait en rangs serrés. Inutile de chercher à voir, devant d’autres marcheurs, le pied lourd, le teint gris, le visage morne. Inutile de chercher l’horizon, inaccessible au regard. Devant, d’autres hommes gris, d’autres femmes, d’autres enfants, qui allaient de l’avant, en aveugles, se bousculant, trébuchant, titubant. On ne savait pas. On savait juste qu’il fallait marcher. Marcher droit. Marcher droit devant.
Parfois, quelqu’un s’asseyait, incapable de continuer. Le troupeau avançait, pas pesant, traînant, renâclant. On ne savait pas. On se doutait. On appréhendait. On avançait pourtant, de plus en plus vite. Droit devant. Une bulle se détachait, elle rentra la tête dans les épaules en la voyant s’approcher d’elle. Elle se posa sur le sommet de son crâne, descendit, lentement, sur son visage, jusqu’à enfermer sa tête comme dans un casque. Résignée, elle sortit du flot humain, s’assit.