Signes noirs sur blanc
Mots alignés en vis à vies
Visites
Echanges
Le verbe seul
Pur
Des vies qui se déroulent
Sur des moniteurs aveugles
Des liens qui n'existent pas

Psychopathe.
C’est le nom qu’il se donne,
Parfois,
Elle sourit.
C’est-y qu’il se moque, hein ?
C’est-y d’elle ?
Qu’est-ce qu’il sait d’elle ?
Qu’est-ce qu’il en sait ?
Qu’est-ce qu’il en sait de sa peur à elle ?
Quelques signes noirs
Englués sur le blanc ?
Quelques couleurs qu’elle a posées là ?
Quelques instants tannés
Patinés recolorés figés ?

Psychopathe, tu parles.
Autrefois aurait fallu qu’il gratte
Plume taillée et mouillée d’un coup de langue
Trempée dans l’encre, dans le sang, dans le vitriol
Griffant sans ménagement un parchemin rustique
Ça vous avait de la gueule de faire l'écrivaillon
Aujourd’hui le psychopathe, il tape
Que dis-je, il pianote,
Il caresse son clavier d’un doigt léger
L‘auriculaire relevé
Prêt à l’action.
Même pas peur.

Pour un peu elle se moquerait tiens.
Mais elle n’ose pas,
C’est un psychopathe sensible
Alors même sans plume acérée
On ne sait jamais.
Même sans cible
Ah ça non, on ne sait pas.

Qu’est-ce qu’elle sait de lui ?
Les signes pas toujours noirs sur blanc
Qu’elle déchiffre irrégulièrement ?
La couleur de sa voix ?
Même pas la couleur de sa marmite, tiens,
Même pas la couleur de son regard.
Autant dire rien.
Elle ne sait rien.

Il n’y aurait rien à en dire alors ?
C’est si peu ?
C’est bien peu.
Il n’y a rien à dire.
Elle n’a rien à dire.
Elle n’existe pas.
Il n’existe pas.
Ils n’existent pas.