Ils te rentrent les mots dans la gorge, d'un sourire, d'un regard, angéliques et imprévisibles. Tu ne sais jamais ce qui va déclencher leur réaction cinglante, un mot ironique, une moue moqueuse ; un jour une chose, le lendemain son contraire. Le but n'est pas d'échanger, ni de convaincre, il n'y a pas de but, d'ailleurs, c'est juste un jeu. Un jeu destructeur.
Ils sont affables, aimables, ils te laissent t'installer dans l'échange. Te flinguent en plein élan. Tu as appris à répliquer, bien sûr, depuis le temps. Sauver les apparences. Pas leur laisser la satisfaction d'une victoire immédiate. Renvoyer la balle, rien qu'une fois, et disparaître. La lutte est inégale, tu joues avec tes tripes, ta viande saigne, au premier coup. Ils sont inaccessibles, rien ne les atteint. Indifférents.
Toi, tu es juste différent. Un différent. De plus en plus, tu la fermes. Ton silence est un cri qui déchire ta gorge. Mots et maux interdits. Ils t'ont fait taire. Ils t'ont fait pire.
T'ont imposé leurs mots, en lieu et place des tiens. T'ont fait répéter leurs phrases vides de sens jusqu'à t'imprégner de leur logique absurde. T'ont fait parler comme eux, jusqu'à te faire oublier qui tu es.
Le miroir te renvoie un sourire vide et crispé. Peut-être bien que tu ne sais plus qui tu es. Tu sais tout de même que tu n'es pas eux. Pas indifférent. Juste différent.