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mercredi 13 février 2019

Tentative d'introduction

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lundi 28 janvier 2019

Tentative d'introduction (travail en couurs)

J'écris ce texte pour mon atelier de théâtre, il est destiné à présenter les scènes que nous avons choisi de travailler. Ces scènes sont tirées de l'ouvrage de Guy Foissy, "L'art de la chute" et inspirent le travail qui suit. Les éventuelles ressemblances, même si j'ai essayé de les éviter, ne seraient donc pas tout à fait fortuites.

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vendredi 9 février 2018

Suite en pas perdus. (Atelier G)

Tous les chemins mènent quelque part, il suffit de les suivre. J'ai choisi le doigt du sage et j'ai suivi la Lune. Si longtemps je L'ai suivie, peu à peu j'ai pris Son visage, blafard et illuminé. Je suis fou. Sans doute je suis fou, mais pas plus que vous, qui restez.

Je suis parti un soir d'hiver. Elle s'élevait sur l'horizon, toute blonde, toute ronde, si belle que j'ai marché vers Elle, sans penser plus loin, et encore moins au jour prochain.

Je suis parti sans savoir que je partais. J'avançais dans la nuit sereine, élevant mon regard aux étoiles comme Son disque montait.

Il faisait froid. La neige craquait sous mes pas, le paysage était comme au-delà. Au-delà du souffle et du brouhaha, un au-delà de tout et de tous, au-delà de chacun et au-delà de soi. Un au-delà de soie. Je n'étais plus un homme parmi les hommes, semblable à tous les autres et unique entre tous. J'appartenais. J’appartenais au décor scintillant et immobile, silencieux, qu'Elle dessinait, les givres étoilés en cristaux répondant aux étoiles piquées au dais noir de la nuit immobile.

Nuit de lune et de brume, brume espiègle, cachant ou dévoilant tour à tour pour mieux le sublimer chaque élément du tableau dans lequel j'étais comme tombé. Mon cœur battait et c'était tout le paysage qui pulsait. Mon pas le rythmait, le découpant en saynètes successives, fluides. Mon souffle s'élevait en bulles de brouillard qui marquaient mon avancée dans la nuit claire.

On aurait pu me suivre rien qu'en les regardant, aussi sûrement qu'on pouvait suivre, autrefois, les cailloux du petit Poucet. C'est chose impossible désormais : le facteur Cheval les a ramassés pour édifier son palais idéal.

Je me suis retourné. Derrière moi je n'ai rien vu, ni personne, demain ou dans une heure la neige aurait couvert la trace de mon passage et je ne saurais plus retourner chez moi.

La Lune à l'apogée, j'ai repris mon chemin, toujours marchant vers Elle, à la rencontre de Son énigmatique lueur, et m'interrogeant : Où était-ce, chez moi, déjà ? Qu'est-ce-ce que je laissais derrière ?

Je me suis obligé à cesser de penser, me concentrant sur les arbres blanchis et doucement éclairés d'argent, sur le chant de leurs branches glacées tintinnabulant au vent léger qui les cognait les unes contre les autres. Il était trop tôt pour répondre à cette question, ou trop tard, enfin ce n'était pas le moment. Y répondre dans l'instant, c'était m'immobiliser, ou pire, revenir en arrière, revenir sur mes pas, m’assujettir au passé.

La nuit semblait me sourire. Je n'avais pas froid. Je portais ma pelisse, une chapka enfoncée jusqu'aux oreilles et mes chaussures de peau fourrées protégeaient mes pieds du sol gelé. Ça suffirait bien pour m'ancrer.

Je me suis arrêté, j'ai inspiré profondément l'air vif et reprenant ma marche, j'ai soufflé, longtemps. C'est alors que j'ai compris que j'étais parti.

dimanche 26 novembre 2017

La vengeance de Prosper (Atelier C)

Prosper, le poète, de dos au public, est debout au centre de la scène. Noir. Un projecteur l'éclaire d'un cercle de lumière qui s'intensifie au fur et à mesure que l'on entend frapper les trois coups.

PROSPER (le poète, à voix basse) un – deux – trois – quatre – cinq – six – sept – huit – neuf – dix – onze

(se retourne et lève les bras dans la lumière tandis qu'on entend les douze et treizième coups rapides suivis des trois coups plus espacés. Il salue et déclame)

La complainte du chasseur
Quand les vols d'étourneaux s'abattent sur les campagnes
Le vieux chasseur prépare son fusil et ses plombs
Et s'en va arpenter les flancs de la montagne
Pour y intercepter, en son gîte, le mouflon.

MAURICE (Machiniste, entre en scène, le pas aussi traînant que la voix) T'as encore oublié douze et treize, le metteur en scène est furax.

PROSPER Quoi ? Il faut compter les étourneaux, maintenant ? Il ne croit pas que j'ai mieux à faire, le Marcel, entre nous ?

MAURICE Les étourneaux chais pas, il a pas parlé de ça. Il a juste dit que t'as oublié douze et treize.

PROSPER Compter les étourneaux. (soupire) Et quoi encore, mon brave ?
(déclame)

Quand j'entre sur la scène mon public je salue
Et me ressouvenant les champs de betteraves
Je dis avec ardeur mes sensations émues.
(s'adressant au public)
Veuillez l'excuser je vous prie
Il a vidé trop de demis

(Au machiniste)

Je ne compte pas les étourneaux, moi monsieur. Je déclame.

MAURICE (tournant le dos au public en s'adressant au poète)  Faut recommencer mon vieux. T'en as encore oublié deux.

PROSPER Vous m'ennuyez monsieur. Je suis venu ici déclamer et ne puis accéder à ce que vous réclamez. Je suis venu ici déclamer, je continue.

Le rideau tombe, les projecteurs s’éteignent, le poète proteste énergiquement, grommelle et puis se tait. On entend en coulisse une voix étrangère brailler : " On la refait ! "

Noir. Le rideau lentement se lève. Au centre de la scène se découpe la silhouette sombre du poète que le projecteur éclaire, faiblement d'abord, puis en s'intensifiant. Dans la pénombre on l'entend compter à voix basse.

PROSPER un – deux – trois – quatre – cinq – six – sept – huit – neuf – dix – onze

Le poète se retourne et salue. On entend résonner le douze, le treize et les trois coups espacés.

Quand treize vols d'étourneaux s'abattent sur la campagne
Le vieux chasseur prépare son fusil et ses plombs
Et s'en va arpenter les flancs de la montagne
Pour y persécuter en son gîte le mouflon.

MAURICE Non.

PROSPER Comment non ?

MAURICE Tu as encore oublié les derniers.

PROSPER Les derniers seront les premiers, Maurice. J'ai bien compté, cette fois. Les étourneaux, je les ai comptés, même que c'était pas facile. Treize vols j'ai compté. Treize.

MAURICE Mettons pour le treize. Mais le douze, tu l'as dit le douze?

PROSPER Ah ! Parce qu'il ne suffit pas de compter, il faut dire ? Il me semble pourtant que l'allusion suffisait.

MAURICE L'allusion, quoi encore ?

PROSPER Monsieur, en poésie, il faut créer l’élusion. L'allusion, à mon sens, suffit à l'illusion.

MAURICE Tu dis bien ce que tu veux, Maurice, mais faut recommencer, c'est Marcel qui l'a dit.

PROSPER  Je vais l'empailler, ce metteur en scène. Sur scène, c'est moi qui décide. Marcel, il comprend rien à la poésie.

La sanction tombe. Rideau. Noir. En coulisse, une voix : " On la refait " Le rideau se lève, le poète brosse sa redingote, ajuste son haut de forme et reprend la pose. Projecteur.

PROSPER  (chuchotant)  un – deux – trois – quatre – cinq – six – sept – huit – neuf – dix – onze
Il se retourne et salue. Résonnent encore douze, treize. Un ! Deux ! Trois !

Quand douze vols d'étourneaux s'abattent sur la campagne
Le vieux chasseur prépare son fusil et treize plombs
Et s'en va arpenter les flancs de la montagne
Pour y persécuter en son nid le mouflon.

Maurice apparaît sur la scène.

PROSPER Tu pousses le bouchon un peu loin, Maurice. J'ai tout compté, j'ai tout dit. Douze, et treize. (s'agaçant) Je peux continuer, maintenant ?

Maurice, effarouché, tente de s'esquiver, mais Prosper le rattrape au col.

PROSPER  Hop, hop hop. Pas si vite mon ami. Tu y es, tu y restes. Je te cède la place.

Prosper s'assoit, par terre et dans l'ombre, laissant Maurice planté seul et raide comme un piquet dans le cercle de lumière. Lequel ôte son béret et le fait tourner entre ses doigts en se tortillant sur un pied. Il se lance.

MAURICE Oh, rage, oh désespoir, oh Prosper ennemi !

PROSPER Prospère, prospère, c'est vite dit. Si tu commences déjà à piller les autres, bonjour les royalties. Tu sais qu'il va falloir payer rubis sur l'ongle.

MAURICE (effrayé) J'ai pas de rubis, Prosper, tu sais bien que toutes nos pierres sont fausses.

PROSPER Toutes, sauf une.

MAURICE Non, tu ne veux pas que je paie avec son œil de verre ?

PROSPER Tu n'as pas le choix, Maurice.

MAURICE Quand même, énucléer Marcel, ça me fait quelque chose.

PROSPER On s'en fout, Maurice. Tu lui piques son œil, on va le refiler à ma tante et on va boire un coup tous les trois. Quand il sera saoul, il n'y verra plus que du feu.

Noir. Rideau. Hors scène on entend un hurlement.

jeudi 9 novembre 2017

Le chant de l'autre (atelier B)

Je me souviens de toutes mes vies, mais celle-ci reste un peu floue. Comment je suis devenue la confidente de Néferta, je ne me rappelle bien que cela.

Je me revois toute petite, jouant dans une cour du palais. J’écoutais chanter les fontaines et j’essayais de les imiter. Souvent, par les plus chauds après-midis d’été, j’allais chercher la fraîcheur à leur pied. Je ramassais au sol de petits cailloux, blancs, plats et translucides, et patiemment les empilais, aussi haut que je pouvais, sur la mosaïque colorée qui agrémentait le sol.

En tombant sur le carreau, les petits cailloux chantaient à leur tour, accompagnant le chant de l’eau. Je n’aidais jamais à la chute, au contraire je m’appliquais à élever mes tours de pierre claire aussi haut que je pouvais. Et la pierre en tombant mélodieuse se mettait à chanter. Et je chantais la chanson de la pierre.

Un jour, claire et pure, une voix s’éleva, se joignit à la mienne, comme en écho à mon écho, et c’est ainsi que j’appris, à mon grand étonnement, que chaque jour Néferta, dissimulée derrière la fontaine, m’observait et m’écoutait. Ce fut ce jour-là le plus beau des concerts, symphonie sans auditeurs, une mélodie à quatre voix offerte aux quatre vents.

La voix de Néferta était si légère, si subtile, qu’on aurait dit la voix de l’air. Le chant de l’eau filait, fluide et frais, dans l’atmosphère brûlante de l’été. La voix des pierres s’égrenait en rebondissant claire et nette sur la faïence. Tant de beauté m’enflamma, je repris la mélodie un ton plus bas. Ma voix s’assourdissait, se faisait plus sourde, plus suave.

Je grandissais.

Je me souviens de ce moment exactement, j’avais peut-être quatre ou cinq ans, quand je pris conscience de la beauté d’un monde que j’avais jusque là côtoyée sans y penser et sans la voir.

Longtemps notre chant dura. Néferta accroupie en face de moi élevait à son tour des tours fragiles, immaculées, les yeux agrandis et le sourire pensif, le regard éperdu, vivant la même révélation que moi. Sans qu’un mot fût prononcé, notre alliance était scellée. Nous ne devions plus nous quitter.

Après quel trésor courions-nous le jour où nous sommes tombées ? Quel murmure suivions-nous, quel froissement, quelle soie nouvelle était-elle venue effleurer nos tympans ? Qu’avions-nous entendu de l’autre côté de l’abîme ? Comment avons-nous pu penser que les fils de l’araignée seraient assez résistants pour nous porter ? Quand le sol s’est effacé sous nos pas, nous n’avons éprouvé nulle frayeur. Nous nous sommes donné la main, simplement, et c’est ainsi, ensemble, que nous sommes entrées dans notre vie suivante, le premier cri de l’une répondant au premier cri de l’autre dans une étrange maternité.

Chaque jour est un autre jour, chaque vie est une autre vie. Je dirai la suite une autre fois. Ou pas.

dimanche 29 octobre 2017

Atelier 2

Le
gardien
du phare
descendit l’escalier
et poussa une porte.
Les gonds couinaient un peu.
Il lui faudrait ajouter un peu d’huile
afin de lisser le grincement de l’instant.
Le silence et l’isolement en baume, la mer à portée,
il polissait du regard les bleus mouvants sous ses yeux,
les lames de l’océan fondues à l’horizon, roulements souples
affleurant la laque azur éthérée en-dessus. Le vol d’un fou en piqué filait
comme une flèche unissant l’un à l’autre. De haut en bas le monde, lui dans sa tour de pierre,
sans presse, paisible, respirant. Le bleu de son regard clignotait au rythme de la lanterne
tournant son cycle posé et paisible sur la courroie des flots. L’un était l’autre, corps unis
pourtant disjoints, obéissant aux mêmes souffles, respirant les mêmes vapeurs.
Une bougie dans sa lanterne clignait en étincelle son œil à l’œil du phare.
Qui regardait quoi, qui regardait qui, les unités s’entremêlaient au tout,
une dérive poussant l’autre. Ne plus bouger, l’immobilité en voyage,
un rayon de soleil pour un rayon de lune. Il suffit d’être pour partir,
l’ailleurs à plein poumons. Tout cela n’a aucun sens.
Ajouterait-il un requin-marteau pour l’ambiance ?
Perte de contrôle, dérapage, le sifflement
de la soupape.
Clic et
fin.

Atelier 1

Grève rêche au rêve éventré
enfle la mer, un peu de sel, mes pensées.

Grêle, lente entente, la tempe ébréchée,
gelées les décences, l’essence effervescente te hèle.

Des gens éthérés épèlent le terne été, le hère excédé,
des gênes entremêlés dépècent derechef denrées et excédents.

Le germe de septembre cherche la bêche hébétée.
Gercées, bées, blettes et enchevêtrées, les belettes grèvent les dettes et jettent les temps fermés.

Guettés, les temps cessent et s’étendent, éternels et pelés,
guerres de terres émergentes enclenchent en stèle la pente aux déments

Genre décret d’espèce, les rêves des sergents pètent,
les greffes d’enterrement fêtent le sens des vents.